Les anticorps conjugués à un anticancéreux (ADC), un espoir pour les cancers précoces et/ou résistants aux traitements ?

Première cause de mortalité en France, le cancer touche de plus en plus les jeunes adultes. D’après les projections, les nouveaux cas et les décès liés aux cancers précoces pourraient augmenter de 13% d’ici 2050. Face à ce défi de santé publique, la prévention joue un rôle clé, mais le développement d’innovations thérapeutiques est également essentiel pour améliorer la prise en charge et la qualité de vie des patients touchés. Parmi les nouvelles thérapeutiques, les ADC (Antibody-Drug Conjugate) apparaissent comme prometteurs

 

Des cancers précoces en hausse dans le monde

Le phénomène est mondial. Le nombre de cancers diagnostiqués chez les sujets de moins de 50 ans augmente dans le monde, et les 20 – 40 ans sont particulièrement touchés. En 2022, plus d’1,2 millions de nouveaux cas de cancer et 350 000 décès liés aux cancers ont été enregistrés dans le monde chez des adultes de 20 à 40 ans. De nombreux cancers sont concernés par une augmentation de l’incidence et de la mortalité dans cette tranche d’âge : 

  • Les cancers digestifs (cancer colorectal, cancer de l’estomac, cancer du foie, cancer du pancréas) ;
  • Le cancer du sein ;
  • Le cancer de la thyroïde ;
  • Le cancer du rein ;
  • Le cancer du testicule ;
  • Le cancer du poumon, y compris chez des non-fumeurs. 

En France, une récente de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP) montre une hausse de 1 à 1.5 % par an de l’incidence du cancer du sein avant 50 ans depuis 30 ans en France. Le nombre de cas annuel chez les 20-39 ans est ainsi passé de 2.000 en 1990 à 3.000 en 2023. 

Pour expliquer cette tendance, les experts pointent du doigt différents facteurs, notamment le surpoids et l’obésité, la pollution atmosphérique, l’exposition aux perturbateurs endocriniens ou encore l’alimentation ultra-transformée. Cette évolution épidémiologique impose entre autres de développer de nouvelles solutions thérapeutiques, parmi lesquelles les ADC. 

 

Les anticorps couplés à un anticancéreux ou ADC

Les ADC (Antibody-Drug Conjugate) sont de nouvelles thérapies anticancéreuses, développées en couplant un médicament de chimiothérapie à un anticorps monoclonal. Le premier ADC utilisé en pratique clinique, le gemtuzumab ozogamicine, a été mis sur le marché en 2009. Ces médicaments sont des thérapies ciblées contre le cancer qui combinent la spécificité de l’anticorps pour les cellules tumorales et l’effet cytotoxique du médicament de chimiothérapie. Depuis, plusieurs ADC ont été développés pour le traitement de plusieurs cancers, dont le cancer du sein. 

Depuis le développement du premier ADC, des progrès ont été apportés pour améliorer leur spécificité pour les tumeurs et limiter leur toxicité. Les ADC développés aujourd’hui sont dits de 3ème génération.

 

Une chimiothérapie ciblée directement sur la tumeur grâce à l’anticorps

L’anticorps de l’ADC permet un adressage directement au niveau des cellules tumorales pour augmenter la dose et l’efficacité de la chimiothérapie, tout en réduisant ses effets secondaires. Les ADC offrent ainsi des perspectives thérapeutiques intéressantes en particulier dans deux contextes cliniques : 

  • Les cancers précoces survenant chez les sujets de moins de 50 ans, avec l’objectif de réduire la toxicité des traitements et donc l’impact sur la qualité de vie ;
  • Les cancers difficiles à traiter avec les traitements conventionnels, pour offrir une nouvelle approche thérapeutique aux patients. 

Plusieurs ADC sont actuellement testés dans des essais cliniques, notamment pour le traitement du cancer du sein triple négatif, le cancer du sein associé au plus mauvais pronostic. Un essai est notamment mené par le Centre Léon Bérard sur le dapotomab deruxtecan et le sacituzumab govitecan. À l’Institut Gustave Roussy, sont également menés deux essais cliniques combinant deux ADC (patritumab-deruxtecan et datopotomab-deruxtecan) testés chez des patients atteints de cancer métastatique du poumon ou du sein. 

Parallèlement, les chercheurs et les médecins s’intéressent aux mécanismes d’action complexes des ADC, notamment les mécanismes d’activation du système immunitaire. Enfin, de nouveaux essais cliniques pourraient être menés pour associer ces anticorps conjugués à d’autres thérapies anticancéreuses, notamment l’hormonothérapie, l’immunothérapie ou d’autres thérapies ciblées, pour améliorer le pronostic et la qualité de vie des patients. 

 

Sources

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