Évolution des cancers, décrypter l’incidence et la mortalité

Une récente étude publiée dans la revue scientifique Annals of Oncology prévoit une baisse de la mortalité par cancer en Europe pour l’année 2026. Parallèlement, une autre étude, publiée quelques mois plus tôt dans la revue The Lancet, anticipe une hausse de 75 % de la mortalité par cancer dans le monde en 2050 par rapport à l’année 2024. Comment décrypter ces tendances contradictoires sur la mortalité liée aux cancers en Europe et dans le monde ? 

 

18 millions de décès par cancer dans le monde en 2050 ?

Les données internationales sur l’épidémiologie des cancers concluent à une progression mondiale des deux principaux indicateurs – l’incidence et la mortalité – pour les années à venir. D’après l’étude publiée dans The Lancet, la mortalité par cancer pourrait représenter 18 millions de décès dans le monde en 2050, soit une progression de 75 % par rapport à l’année 2024. Ce chiffre a été calculé en prenant en compte les données de 47 types de cancer dans 204 pays. Il traduit la projection pour les décennies à venir du doublement des cancers dans le monde observé entre 1990 et 2023. 

Si les facteurs environnementaux sont largement pointés du doigt pour expliquer une telle tendance, de fortes disparités géographiques sont observées, entre les pays en voie de développement et les pays industrialisés. Des disparités également retrouvées au sein du territoire de l’Union Européenne. 

 

De fortes disparités géographiques en Europe

La nouvelle étude, publiée dans la revue Annals of Oncology, prévoit une baisse du taux de mortalité par cancer en Europe pour l’année 2026, avec 1 230 000 décès attendus. Pour l’ensemble des cancers, cette baisse devrait représenter un recul de 7.8 % du taux normalisé chez les hommes et de 5.9 % chez les femmes par rapport à la période 2020-2022. Si la mortalité par cancer pourrait effectivement reculer en Europe, l’incidence continue quant à elle à progresser. 

Les progrès en matière de dépistage et de prise en charge pourraient expliquer que la mortalité recule alors que l’incidence poursuit sa hausse. Toutefois, ces chiffres moyennés sur l’ensemble du territoire européen cachent d’importantes disparités géographiques. En 2023, le nombre de décès par cancer le plus faible a été observé au Luxembourg (160 décès pour 100 000 habitants, alors que le plus élevé était pour la Croatie (344 décès pour 100 000 habitants). La France se situe quant à elle aux alentours de la moyenne européenne, avec 242 décès pour 100 000 habitants. 

 

Une incidence qui progresse, mais une mortalité qui recule… 

Pourtant, en se référant aux données de l’étude publiée dans The Lancet, la France apparaît comme l’un des pays les plus touchés par le cancer dans le monde, avec une incidence estimée de 389.4 cas pour 100 000 habitants en 2023. Les chiffres de l’incidence s’expliquent à la fois par les facteurs environnementaux associés au cancer (tabac, alcool, pollution environnementale, alimentation, surpoids, …), mais aussi par l’impact des stratégies de dépistage et de diagnostic. Grâce à ses programmes nationaux de dépistage organisé des cancers, la France dépiste plus de cancers, ce qui explique une incidence plus élevée que des pays qui dépistent moins. 

Malgré cette incidence en hausse, la mortalité par cancer en France figure parmi les moins élevées dans le monde, grâce au dépistage – le pronostic des cancers de stades précoces est globalement meilleur – mais aussi à l’accès aux thérapies anticancéreuses innovantes. Pour analyser l’évolution des cancers en France, en Europe et dans le monde, les données d’incidence et de mortalité doivent être prises en compte et reliées avec les politiques de santé publique mises en œuvre. 

 

Sources

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