Le 8 juin 2006 est une date clé à la fois dans l’histoire de la vaccination et de la lutte contre les cancers. C’est la date de mise sur le marché américain du premier vaccin destiné à prévenir les infections HPV (Papillomavirus humains). Les vaccins contre les infections HPV sont capables de protéger contre différents cancers, en particulier le cancer du col de l’utérus. Grâce à une importante couverture vaccinale, certains pays espèrent voir disparaître totalement ce cancer.
Des vaccins contre le cancer
Les Papillomavirus humains (HPV) sont responsables de condylomes (verrues génitales) et pour certains d’entre eux (les HPV à haut risque oncogène) de cancers, parmi lesquels :
- Le cancer du col de l’utérus ;
- Le cancer de l’endomètre ;
- Le cancer de la vulve ;
- Le cancer du vagin ;
- Le cancer de l’anus ;
- Des cancers ORL (bouche, oropharynx, amygdales, larynx) ;
- Le cancer du pénis.
Les vaccins développés contre ces virus permettent ainsi de protéger efficacement contre plusieurs cancers. Au total, plus de 6 400 cancers sont liés chaque année à ces virus en France, dont près de la moitié pour le cancer du col de l’utérus. En 2023, 3 159 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus ont été recensés en France. Un cancer responsable de 770 décès en 2021. Les hommes ne sont pas épargnés, avec environ 1 800 nouveaux cas de cancer par an liés aux HPV (cancers ORL, du pénis et de l’anus).
Un premier cancer éradiqué grâce à la vaccination ?
Le cancer du col de l’utérus est le quatrième cancer le plus fréquent chez les femmes dans le monde, avec environ 600 000 nouveaux cas et plus de 300 000 décès chaque année. La quasi-totalité des cas est liée à une infection chronique par des virus HPV hautement oncogènes. La vaccination, associée au dépistage des lésions précancéreuses par les frottis cervico-utérins, permet de protéger les jeunes filles et les femmes de ce cancer. Elle offre même la perspective d’une éradication du cancer du col de l’utérus, à condition d’atteindre une couverture vaccinale importante chez les filles comme chez les garçons. En effet, vacciner les garçons permet non seulement de les protéger contre certains cancers, mais aussi de limiter la propagation des virus HPV à des jeunes filles et des femmes non vaccinées.
Dès 2007, l’Australie a lancé des campagnes de vaccination gratuites contre les HPV auprès des adolescents, d’abord les jeunes filles, puis les jeunes garçons dès 2013. Grâce à ces campagnes, le pourcentage de femmes infectées par des HPV est passé de 22.7% en 2005 à 1.1% en 2015. En Australie, la couverture vaccinale atteint près de 80 % chez les filles et 76 % chez les garçons. Des chiffres qui permettent aux autorités de santé publique d’envisager une éradication du cancer du col de l’utérus vers 2035.
La couverture vaccinale, un enjeu clé pour atteindre l’objectif
En Europe, quelques pays affichent également des couvertures vaccinales importantes, comme le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède ou encore le Danemark. Récemment, le Danemark a annoncé que le cancer du col de l’utérus pourrait être éradiqué dans le pays avant 2040. Actuellement, le taux d’incidence est inférieur à 10 cas pour 100 000 habitants et continue à baisser. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) considère qu’une maladie est éradiquée lorsque ce taux passe sous la barre des 4 cas pour 100 000 habitants. Les autorités de santé publique danoises se réjouissent de cette tendance, liée à une importante couverture vaccinale (89 % pour les filles et les garçons).
En France, la couverture vaccinale contre les infections HPV reste beaucoup plus faible. En 2020, elle n’est que de 28 % chez les jeunes filles (la vaccination n’a été recommandée chez les jeunes garçons qu’à partir de 2021). Désormais, la vaccination est recommandée chez tous les adolescents de 11 à 14 ans, avec un rattrapage vaccinal jusqu’à 19 ans chez les jeunes filles et les jeunes garçons, et 26 ans chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Récemment, la Haute Autorité de Santé (HAS) a recommandé d’élargir le rattrapage vaccinal jusqu’à 26 ans à l’ensemble de la population.
Pour augmenter la couverture vaccinale, des campagnes de vaccination dans les collèges ont été initiées en 2023 et reconduites pour l’année scolaire 2024-2025. Ces campagnes ont permis d’atteindre une couverture vaccinale de 48 % chez les adolescents de 12 ans (première dose de vaccin HPV), soit une hausse de 17 points entre 2022 et 2023. L’objectif des autorités de santé publique est d’atteindre une couverture vaccinale de 80 % en 2030, un objectif minimal pour espérer éradiquer le cancer du col de l’utérus du territoire.
Grâce à la vaccination HPV, il est désormais possible d’envisager un avenir sans cancer du col de l’utérus pour les prochaines générations.
Sources
- France Diplomatie. L’Australie sur la voie de l’éradication du cancer du col de l’utérus. 10 avril 2018. https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-scientifique-et-universitaire/veille-scientifique-et-technologique/australie/article/l-australie-sur-la-voie-de-l-eradication-du-cancer-du-col-de-l-uterus
- Service Public. Papillomavirus : vaccination généralisée reconduite à la rentrée 2024 pour les élèves de 5e. 18 septembre 2024. https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A16438
- Haute Autorité de Santé. Papillomavirus (HPV) : le rattrapage vaccinal recommandé chez les femmes et les hommes jusqu’à 26 ans révolus. 13 mai 2025. https://www.has-sante.fr/jcms/p_3605077/fr/papillomavirus-hpv-le-rattrapage-vaccinal-recommande-chez-les-femmes-et-les-hommes-jusqu-a-26-ans-revolus