Si le bon usage des antibiotiques et la vaccination sont deux moyens incontournables de lutte contre l’antibiorésistance, la compréhension des mécanismes de virulence et de résistance se révèle déterminante pour développer de nouvelles solutions thérapeutiques. La résistance aux antimicrobiens est considérée comme l’une des 10 principales menaces pour la santé mondiale.
L’antibiorésistance, un coup porté au succès des antibiotiques
L’antibiorésistance désigne l’ensemble des mécanismes de résistance des bactéries aux antimicrobiens, qu’ils soient naturels ou induits par un mauvais usage des antibiotiques. Depuis plusieurs décennies, l’usage extensif de ces médicaments en santé humaine et en santé animale s’est accompagné d’un essor de l’antibiorésistance. Désormais, des souches bactériennes sont devenues multirésistantes. Certaines d’entre elles sont capables d’échapper à l’action de l’ensemble des médicaments disponibles.
Les chiffres sont d’ores et déjà alarmants. En France, chaque année, plus de 100 000 infections sont dues à des bactéries résistantes et près de 4 500 décès liés à des bactéries multirésistantes sont recensés. À l’échelle mondiale, ces infections pourraient provoquer un total de 39 millions de décès cumulés d’ici 2050.
Promouvoir et garantir le bon usage des antibiotiques, promouvoir et favoriser la vaccination sont des enjeux essentiels pour lutter contre l’antibiorésistance et prévenir les infections par des bactéries résistantes ou multirésistantes. Mais il faut parallèlement décrypter par quels mécanismes les bactéries développent de nouveaux mécanismes de résistance, mais aussi développer de nouvelles solutions thérapeutiques pour combattre les bactéries multirésistantes.
Un mécanisme de virulence à l’origine de l’antibiorésistance
Les bactéries peuvent être naturellement résistantes à certains antibiotiques, en lien avec leur mode d’action, mais elles peuvent aussi acquérir des mécanismes de résistance. En savoir plus sur les mécanismes sous-jacents est une étape essentielle pour lutter contre ce phénomène.
Récemment, des chercheurs français et japonais ont découvert un mécanisme complexe de résistance aux antimicrobiens et de virulence chez l’une des cinq bactéries les plus mortelles dans le monde, Pseudomonas aeruginosa. Bactérie opportuniste, elle se développe volontiers chez les sujets hospitalisés en unités de soins intensifs ou chez les patients atteints de mucoviscidose. Sa résistance croissante aux antibiotiques prescrits inquiète les scientifiques et les médecins.
Dans leurs travaux publiés dans la revue Journal of extracellular vesicles en janvier 2025, les chercheurs ont découvert un mécanisme de virulence qui s’associe aux capacités d’antibiorésistance de la bactérie pour induire des infections presque incontrôlables, en particulier chez des sujets fragiles. Certaines souches de la bactérie exprime une protéine, capable à la fois de renforcer les capacités de résistance des bactéries et d’induire une réponse inflammatoire excessive chez le patient. L’infection est plus sévère et plus difficile à traiter. De tels mécanismes de virulence ont également été retrouvés chez d’autres bactéries pathogènes :
- Pour les humains, comme certaines souches très pathogènes d’Escherichia coli, responsable d’infections digestives, ou encore Yersinia pestis, la bactérie à l’origine de la peste ;
- Pour les plantes, capables de provoquer de véritables ravages dans les cultures.
Cibler ces mécanismes de virulence par de nouvelles thérapeutiques pourrait constituer une nouvelle voie de lutte contre l’antibiorésistance.
Vers de nouveaux médicaments pour désarmer les bactéries
Tenter de désarmer les bactéries résistantes aux antibiotiques est justement la stratégie de plusieurs équipes de recherche, réunies dans un consortium coordonné par l’INRAE. Les chercheurs ont là encore identifié un facteur de virulence, présent cette fois chez toutes les bactéries. Cette protéine permet aux bactéries non seulement de contrer notre système immunitaire, mais aussi d’acquérir de nouvelles résistances.
Les chercheurs ont ensuite développé une molécule capable de cibler spécifiquement ce facteur de virulence. La molécule découverte, présentée dans Nature Communications, n’est pas un nouvel antibiotique, mais s’avère capable sur des modèles animaux de :
- Réduire la pathogénicité de la bactérie, sans induire de dysbiose ;
- Réduire la capacité de développement de nouveaux mécanismes de résistance aux antimicrobiens.
De telles molécules pourraient se développer à l’avenir et contribuer à préserver l’efficacité des antibiotiques tout en limitant l’essor de l’antibiorésistance.
L’urgence d’une lutte active contre l’antibiorésistance a été soulignée par la France lors de l’Assemblée mondiale de la Santé, qui s’est tenue du 19 au 27 mai 2025. La lutte doit être coordonnée au niveau mondial et s’articuler autour de plusieurs axes complémentaires : le bon usage des antibiotiques, la recherche, la sensibilisation, la formation et la surveillance.
Sources
- INSERM. Salle de presse. Quand la résistance aux antibiotiques renforce l’agressivité des bactéries. 11 février 2025. https://presse.inserm.fr/quand-la-resistance-aux-antibiotiques-renforce-lagressivite-des-bacteries/70008/
- INRAE. Antibiorésistance : vers des médicaments pour désarmer les bactéries. 28 avril 2025. https://www.inrae.fr/actualites/antibioresistance-medicaments-desarmer-bacteries
- Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. Résistance aux antimicrobiens : la France renforce son engagement international et se donne des priorités d’action. 20 mai 2025. https://agriculture.gouv.fr/resistance-aux-antimicrobiens-la-france-renforce-son-engagement-international-et-se-donne-des