À la question “avez-vous déjà entendu parler de l’antibiorésistance ?”, 4 Français sur 10 âgés de 18 à 79 ans déclarent n’avoir jamais entendu parler de la résistance aux antibiotiques. Parallèlement, malgré les campagnes de communication, la consommation des antibiotiques en France a augmenté en ville au cours de l’année 2024. Quelles sont les solutions pour assurer un meilleur usage des antibiotiques ?
La France, second pays le plus consommateur d’antibiotiques en Europe
Lors de la Semaine mondiale de sensibilisation à la résistance aux antimicrobiens, qui s’est déroulé du 18 au 24 novembre et de la Journée européenne d’Information sur les Antibiotiques le 18 novembre 2025, Santé publique France a communiqué les dernières données de consommation d’antibiotiques en secteur de ville en France. Des données qui placent la France sur la seconde marche du podium des pays les plus consommateurs d’antibiotiques en Europe, derrière la Grèce.
Au cours de l’année 2024, les prescriptions d’antibiotiques en France ont augmenté de 4,8 % par rapport à l’année 2023, ce qui représente plus de 860 prescriptions d’antibiotiques pour 1 000 habitants réalisées sur l’année. Cette tendance annonce une remontée des prescriptions après une baisse observée pendant et dans les suites immédiates de la pandémie de Covid-19. Les chiffres sur la consommation d’antibiotiques varient selon différents paramètres :
- L’âge des patients, avec une stabilisation des chiffres chez les jeunes enfants de 0 à 4 ans, mais une augmentation chez les plus de 65 ans ;
- Le sexe, avec une consommation supérieure chez les femmes ;
- Les régions ;
- Les spécialités médicales, avec une hausse plus forte chez les médecins généralistes que dans les autres spécialités.
L’antibiorésistance : enjeu majeur de santé publique à l’échelle mondiale
La hausse de la prescription et de la consommation d’antibiotiques en 2024 éloigne la France de l’objectif fixé pour 2027 d’atteindre 650 prescriptions pour 1 000 habitants par an dans le cadre de la Stratégie nationale de prévention des infections et de l’antibiorésistance. La résistance aux antibiotiques est en effet un enjeu majeur de santé publique, à l’échelle nationale et internationale.
Chaque année, l’antibiorésistance est responsable d’un million de décès à travers le monde. En 2015, plus de 670 000 infections par des bactéries résistantes aux antibiotiques étaient recensées à travers l’Europe, dont 125 000 en France. D’après les projections, d’ici 2050, 238 000 Français pourraient mourir des conséquences de l’antibiorésistance. La lutte contre l’antibiorésistance se révèle essentielle et passe nécessairement par un meilleur usage des antibiotiques à la fois chez l’humain et chez l’animal. Pour préserver l’efficacité des antibiotiques, il faut impérativement qu’ils soient prescrits et administrés à bon escient. Le développement des bactéries résistantes à un, plusieurs ou tous les antibiotiques exposent au risque d’infections bactériennes sans solution thérapeutique.
Quelle efficacité pour les campagnes de santé publique ?
Dès 2002, les autorités de santé publique ont lancé les premières campagnes de sensibilisation sur le bon usage des antibiotiques, notamment la fameuse campagne “les antibiotiques, c’est pas automatique”. Plusieurs campagnes se sont succédé depuis sans permettre un recul suffisant de la consommation des antibiotiques en France. Parallèlement, les tests de diagnostic rapide se sont développés pour permettre aux prescripteurs de distinguer les infections bactériennes des infections virales, par exemple dans le cas de la cystite ou de l’angine. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé sont également régulièrement actualisées, avec une réduction progressive du nombre d’antibiotiques et de la durée des antibiothérapies dans un grand nombre d’infections courantes.
La lutte contre les infections bactériennes passe également par d’autres mesures de prévention essentielles, comme la vaccination. À chaque fois qu’elle est possible, elle permet d’éviter la survenue de l’infection et ainsi de limiter le recours à l’antibiothérapie.
Toutes les actions entreprises envers les prescripteurs et les patients visent à optimiser l’utilisation des antibiotiques, pour que ces médicaments restent efficaces dans le traitement des infections. L’objectif est d’éviter de se retrouver dans la situation où aucun antibiotique ne peut agir sur une bactérie responsable d’infection et donc sans solution thérapeutique pour le patient !
Sources
- Santé Publique France. Résistance aux antibiotiques : représentations et connaissances générales. Baromètre de Santé publique France : résultats de l’édition 2024. Mis à jour le 16 décembre 2025. https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/infections-associees-aux-soins-et-resistance-aux-antibiotiques/resistance-aux-antibiotiques/documents/rapport-synthese/resistance-aux-antibiotiques-representations-et-connaissances-generales.-barometre-de-sante-publique-france-resultats-de-l-edition-2024
- Santé Publique France. Les prescriptions et la consommation d’antibiotiques en secteur de ville augmentent en 2024. 18 novembre 2025. https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2025/les-prescriptions-et-la-consommation-d-antibiotiques-en-secteur-de-ville-augmentent-en-2024
- Institut Pasteur. L’antibiorésistance, ou comment les bactéries deviennent résistantes. 16 novembre 2023. https://www.pasteur.fr/fr/journal-recherche/actualites/antibioresistance-ou-comment-bacteries-deviennent-resistantes?