Essor sans précédent des anticorps monoclonaux, quel accès pour les patients européens ?

Dans une enquête prospective publiée en mai 2026 par les Entreprises du Médicament (LEEM), les données révèlent l’arrivée imminente d’une vague d’anticorps monoclonaux sur le marché. Des innovations thérapeutiques très prometteuses, mais qui pourraient échapper aux patients européens faute d’un positionnement suffisant en recherche clinique. 

 

Un marché mondial des anticorps monoclonaux en forte croissance

Les premiers anticorps monoclonaux thérapeutiques ont été développés il y a déjà plusieurs décennies, avec une véritable accélération de l’immunothérapie depuis 2010. Entre 2010 et 2020, plus de 60 nouveaux anticorps ont été mis sur le marché, principalement dans le traitement des cancers et des maladies auto-immunes. Dans certains cancers, l’immunothérapie est même devenue une première ligne de traitement, avant les traitements de chimiothérapie. 

En 2025, le marché mondial des anticorps monoclonaux était évalué à plus de 285 milliards de dollars. Un marché qui, selon les projections, devrait atteindre près de 320 milliards de dollars en 2026 et plus de 930 milliards de dollars à l’horizon 2035. Cette croissance à deux chiffres traduit un double phénomène, à la fois une hausse de la demande en anticorps monoclonaux – liée notamment à la hausse des nouveaux cas de cancers – et un essor rapide du nombre d’anticorps monoclonaux nouvellement mis sur le marché. 

 

Une hausse prévue de 50 % du nombre d’anticorps monoclonaux dans les 5 ans à venir

L’enquête prospective menée par le LEEM indique qu’à la fin de l’année 2025, 215 anticorps monoclonaux étaient autorisés en Europe et 187 se trouvaient en phase avancée de développement. D’ici 2030, un grand nombre de nouvelles autorisations sont attendues, avec une hausse estimée de 50 % du nombre d’anticorps monoclonaux disponibles sur le marché européen, soit 110 nouveaux anticorps supplémentaires. Une hausse soutenue par les travaux de la Commission Européenne de la Pharmacopée, qui œuvre à la standardisation de ces innovations thérapeutiques. 

La majorité des anticorps monoclonaux en cours de développement sont destinés au traitement des cancers, en particulier les cancers du poumon, les cancers digestifs et les cancers du sein ou de la prostate. Viennent ensuite des anticorps monoclonaux qui ouvrent la voie à l’immunothérapie pour des maladies rares, puis les anticorps destinés au traitement des maladies auto-immunes et immuno-inflammatoires chroniques. Un espoir pour des millions de patients européens, à condition qu’ils puissent accéder à ces innovations thérapeutiques. 

 

Renforcer la recherche clinique européenne pour préserver l’accès aux innovations

Parmi les 187 anticorps monoclonaux en phase avancée de développement, près d’un sur 5 n’est pas développé en Europe, et seulement 144 font l’objet d’essais cliniques sur le sol européen. Parmi eux, 44 ne font l’objet d’aucune étude clinique en France. Alors que deux anticorps monoclonaux ciblant la maladie d’Alzheimer sont en cours de développement en Europe, aucun n’a de développement clinique en France. Cette situation pourrait à l’avenir impacter négativement l’accès des patients européens aux innovations thérapeutiques, et notamment aux nouvelles générations d’anticorps monoclonaux. 

La capacité de ces anticorps à reconnaître une cible biologique précise explique l’efficacité de cette thérapie ciblée. La recherche clinique dans le domaine permet aujourd’hui d’aller encore plus loin avec de nouvelles innovations : 

  • Les anticorps conjugués à une substance médicamenteuse (ADC (Antibody-Drug Conjugates)) sont utilisés comme vecteurs pour amener un principe actif au plus près de sa cible ;
  • Les anticorps bispécifiques permettent une mobilisation accrue des cellules immunitaires de l’organisme pour les mettre directement en contact avec les cellules cibles à détruire, par exemple les cellules tumorales ;
  • Les nanobodies ou anticorps miniaturisés présentent une taille réduite d’environ 10 fois par rapport aux anticorps classiques. Cette réduction de taille permet de les adresser vers des tissus jusque-là inaccessibles aux anticorps classiques. 

L’immunothérapie basée sur les anticorps monoclonaux pourrait rapidement s’imposer dans de nombreuses aires thérapeutiques. Le positionnement de la France, et plus largement de l’Europe, dans la recherche clinique sur ces biothérapies est capitale pour assurer la pérennité de l’accès à ces innovations pour les patients européens. 

 

Sources

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