Du rythme biologique à la chronomédecine… 

Dans le magazine trimestriel de l’INSERM publié en janvier 2026, deux chercheurs signent un éditorial intitulé “les horloges biologiques, esquisse de la médecine de demain”. Un témoignage sur l’importance de leur spécialité, la chronobiologie, mais aussi sur l’émergence d’une nouvelle discipline médicale, la chronomédecine. 

 

La physiologie au rythme de la rotation terrestre

Chronobiologie, chronothérapie, médecine circadienne ou chronomédecine restent des concepts encore aujourd’hui peu connus du grand public. Pourtant, les chercheurs s’intéressent depuis des décennies aux rythmes biologiques et à leur impact sur la santé. C’est l’objet de la chronobiologie, qui a permis de montrer au fil des années que la quasi-totalité des fonctions de l’organisme est conditionnée par les rythmes circadiens, soumis à une alternance jour-nuit. 

Un vrai virage a été amorcé en octobre 2017, lorsque trois généticiens américains, Jeffrey C. Hall, Michael Rosbash et Michael W. Young, ont reçu le prix Nobel de médecine pour leurs travaux sur le rythme circadien. Ils ont apporté la preuve que la physiologie est rythmique, calée sur un rythme d’environ 24 heures associé à la rotation de la Terre autour du soleil. Cette récompense marque la reconnaissance de l’impact de cette horloge biologique sur le sommeil, le métabolisme, le fonctionnement du système cardiovasculaire ou encore le système immunitaire. La chronomédecine est née. 

 

Le rythme circadien détermine notre santé

Les rythmes circadiens qui déterminent le fonctionnement de l’organisme sont innés et endogènes. Ils varient d’un individu à l’autre selon notre mode de vie, l’exposition à la lumière, les horaires de prise des repas, les horaires de travail ou de sommeil. Cette horloge interne est orchestrée par le cerveau sous le contrôle d’un certain nombre de gènes (une quinzaine de gènes “horloge” ont jusque-là été identifiés). La lumière vient synchroniser cette horloge pour assurer son adaptation au rythme jour-nuit. Une synchronisation particulièrement mise à mal chez les personnes qui travaillent en horaires décalés ou celles exposées à des lumières artificielles. 

Les recherches en chronobiologie ont permis de montrer l’impact d’un dérèglement de l’horloge interne sur la santé, avec de multiples conséquences. Le travail de nuit est par exemple pointé du doigt comme une cause possible de : 

  • troubles du sommeil ;
  • altération des performances cognitives ;
  • augmentation du risque d’obésité ou de diabète ;
  • augmentation du risque cardiovasculaire ;
  • augmentation du risque de cancer. 

Parallèlement, ces découvertes suggèrent que les soins et les traitements n’ont pas le même effet en fonction du moment de la journée où ils sont administrés. 

 

Modifier l’heure de prise pour gagner en efficacité thérapeutique

La chronopharmacologie s’intéresse justement à l’impact du moment de la prise du traitement sur son efficacité thérapeutique. À l’INSERM, une étude pionnière a été menée sur deux médicaments de chimiothérapie, le 5-fluorouracile et l’oxaliplatine. Les données ont révélé une efficacité supérieure du traitement anticancéreux en adaptant le moment de la perfusion. Suite à cette étude, l’un de ses auteurs, Pr. Francis Lévi, a fondé en octobre 2025 Circamed, l’institut national de médecine circadienne

D’autres études ont depuis montré l’importance du rythme biologique sur l’efficacité de différents traitements médicamenteux, en particulier des immunothérapies anticancéreuses. Sur les 4 dernières années, plus de 40 études dans le monde ont révélé qu’une administration matinale d’un traitement est capable de doubler la survie des patients, par rapport à une perfusion plus tardive dans la journée. Des données obtenues sur environ 10 000 patients atteints de 11 types de cancers différents. De tels résultats pourraient également être observés dans les maladies cardiovasculaires, le diabète ou la maladie d’Alzheimer. La fondation Circamed, placée sous l’égide du CNRS, a pour mission de coordonner la recherche sur la chronomédecine, d’harmoniser les protocoles et d’obtenir leur reconnaissance par les agences réglementaires. Parce que le moment de prise d’un traitement pourrait significativement améliorer son efficacité thérapeutique. Restera ensuite à intégrer les conséquences organisationnelles de ce meilleur moment de prise, en particulier dans le cadre de l’activité des services de soins. 

 

Sources

Partager