Dans un communiqué de presse publié le 27 février 2026, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) annonçait que le Danemark était le premier pays de l’Union Européenne à avoir éliminé la transmission de la mère à l’enfant de l’infection à VIH et de la syphilis. Cette avancée majeure de santé publique est le fruit des efforts développés en matière de santé maternelle et périnatale.
Qu’est-ce que l’élimination de la transmission materno-foetale d’une infection ?
L’annonce d’une élimination d’une transmission materno-foetale de maladie infectieuse, comme l’infection à VIH, la syphilis ou l’hépatite B, ne revient pas à une absence totale de cas. L’OMS considère cette transmission comme éliminée d’un pays dès lors que deux conditions sont remplies :
- Tester et traiter si besoin les infections chez au moins 95 % des femmes enceintes ;
- Recenser moins de 50 infections de nourrissons pour 100 000 naissances.
Différentes infections peuvent se transmettre de la mère à l’enfant, soit au cours de la grossesse (transmission in utero), soit au moment de l’accouchement (lorsqu’il se déroule par voie basse) :
- Des infections parasitaires, comme la toxoplasmose ;
- Des infections bactériennes, comme la syphilis ;
- Des infections virales, comme l’infection à VIH, la rubéole ou encore l’hépatite B.
Dépister les infections pour les traiter et réduire le risque de transmission
D’une manière générale, le risque de transmission materno-foetale dépend de plusieurs paramètres : l’agent pathogène, le stade de l’infection, le stade de la grossesse au moment de l’infection (lorsque la mère contracte l’infection au cours de la grossesse), la disponibilité et la mise en place d’un traitement anti-infectieux, ainsi que le mode d’accouchement (césarienne ou voie basse).
En ce qui concerne la syphilis, le risque de transmission materno-foetale varie de 60 à 100 % en cas de syphilis primaire ou secondaire précoce maternelle, et s’abaisse à 8 % pour une syphilis latente tardive. Pour l’infection par le VIH, le risque de transmission du virus de la mère à l’enfant varie de 15 à 30 % en l’absence de traitement antirétroviral. La transmission des infections au cours de la grossesse et de l’accouchement constitue ainsi un enjeu majeur de santé publique, pour préserver la santé des enfants à court, moyen et long terme. Le dépistage des infections chez les femmes enceintes à différents temps de la grossesse est une stratégie centrale de prévention du risque de transmission materno-foetale, à condition qu’il existe des solutions préventives et/ou thérapeutiques pour réduire le risque de transmission de l’infection au fœtus.
Prévenir les infections avant la grossesse
Dans le cas de l’infection à VIH, un traitement antirétroviral adapté permet de réduire considérablement le risque de transmission materno-foetale. En France, il passe de 15 à 20 % en l’absence de traitement à seulement 0,3 %. À l’échelle mondiale, le programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) a permis de réduire de 52 % les nouvelles infections à VIH chez les enfants. Pour la syphilis, un traitement antibiotique adapté administré au premier trimestre permet de réduire presque totalement le risque d’infection congénitale. Il est donc primordial de dépister et de traiter avant 16 semaines d’aménorrhée.
Dans la réduction du risque de transmission materno-foetale, le dépistage des infections est donc primordial. En France, le dépistage de la syphilis et de l’infection à VIH fait partie des examens sanguins systématiquement proposés aux femmes enceintes dès la première consultation de suivi. Ce dépistage est essentiel pour repérer les femmes enceintes qui nécessitent un traitement préventif. Néanmoins, même lorsque des traitements existent et permettent de réduire le risque de transmission materno-foetale, se pose la question de l’innocuité des traitements administrés pour l’enfant à naître. Les études menées par exemple sur les effets des antirétroviraux ont suggéré des effets possibles sur la santé des enfants à court terme, tandis que les effets à long terme restent encore mal connus. Prévenir les infections, voire les traiter avant le début de la grossesse apparaît alors comme la solution optimale pour préserver la santé des enfants.
Sources
- Haute Autorité de Santé. Grossesse et VIH : désir d’enfant, soins de la femme enceinte et prévention de la transmission mère-enfant. Validée par le Collège le 25 avril 2024. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2024-05/fiche_synthetique_grossesse_vih_22_mai_2024.pdf
- Sidaction. Prévention de la transmission mère-enfant du VIH : quels effets sur la santé des enfants ? 24 mai 2021. https://www.sidaction.org/transversal/prevention-de-la-transmission-mere-enfant-du-vih-quels-effets-sur-la-sante-des-enfants/
- CNR des IST bactériennes. Syphilis et grossesse. Mars 2022. https://www.cnr-ist.fr/ressources/editeur/Syphilis%20grossesse%202022%20-%20Prise%20en%20charge%20et%20traitement.pdf