Le dernier panorama des cancers, publié en juin 2025 à l’occasion des 20 ans de l’Institut National du Cancer, souligne à nouveau l’enjeu majeur de santé publique qu’est la lutte contre le cancer. En 2023, plus de 433 000 nouveaux cas de cancer ont été recensés en France, soit près de 120 000 cas annuels supplémentaires par rapport à 2003 (314 719 nouveaux cas). Dans ce contexte, se profile la création d’un registre national des cancers, un nouvel outil de suivi des cancers en France.
Plus de 30 registres des cancers pour le territoire français
Parmi les multiples missions confiées à l’INCa depuis sa création, figure l’observation des cancers au moyen de différents outils : la veille, les études, le recueil, l’analyse et la diffusion des données sur les cancers. La surveillance épidémiologique des cancers s’effectue au niveau local et national grâce à des registres de cancers généraux ou spécialisés :
- Les registres généraux recueillent les informations sur l’ensemble des cancers ;
- Les registres spécialisés collectent des données sur certains types de tumeurs, comme les hémopathies malignes ou le cancer du sein, ou certaines populations de patients, par exemple les cancers pédiatriques.
L’ensemble de ces registres est regroupé sous l’égide d’un réseau, le réseau Francim, qui a pour mission d’harmoniser et de coordonner les différents registres. En 2025, le réseau Francim compte 31 registres de cancers :
- Un registre national sur l’ensemble des cancers pédiatriques ;
- 24 registres départementaux sur tous les cancers de l’adulte ;
- 6 registres départementaux sur un type de cancer en particulier.
En l’absence d’un registre national des cancers, les chercheurs doivent extrapoler et croiser les données pour obtenir une vision globale des cancers en France.
Vers un registre national des cancers unique
Dès 2023, les sénateurs avaient proposé la création d’un unique registre national des cancers, capable de centraliser l’ensemble des données françaises. L’unique article de la Loi du 30 juin 2025 crée ce registre, dont la gestion revient à l’INCa. Son objectif est de centraliser les données relatives à l’épidémiologie et à la prise en charge des cancers en France. Alors que les registres précédents ne couvraient que 24 % de la population française et étaient donc incomplets, ce nouveau registre national inclura l’ensemble des données sur les cancers en France.
En disposant de données précises et complètes sur les cancers en France, les autorités de santé publique espèrent optimiser les différentes stratégies de lutte contre le cancer :
- Le dépistage des cancers, notamment les programmes de dépistage organisé, comme il en existe déjà pour le cancer du sein, le cancer du col de l’utérus, le cancer colorectal et bientôt le cancer du poumon ;
- L’accès aux soins, avec l’objectif de réduire les inégalités constatées dans la prise en charge de certains cancers ou dans certains territoires ;
- Les messages de prévention et les campagnes de communication et d’éducation à la santé, en particulier pour prévenir les cancers chez les moins de 50 ans, en forte hausse en France comme dans le monde ;
- La consommation de soins pour anticiper les besoins en matière d’hospitalisation ou de médicaments ;
- Les parcours de soins pendant et après le cancer, entre autres les soins de support.
Outil incontournable ou dispositif supplémentaire ?
Pour créer ce registre national des cancers, l’INCa pourra s’appuyer sur la cohorte de cancérologie mise en place en 2011, qui suit plus de 12 millions de patients sur le long terme, pendant et après les traitements anticancéreux. Au fil du temps, ce registre sera complété par les nouvelles données acquises sur l’ensemble du territoire. Il faudra ainsi attendre quelques années pour obtenir une vision globale des cancers en France, à l’aide de ce seul registre.
Pour certains experts, l’utilité d’un tel registre reste néanmoins discutable. Chercheurs, médecins et décideurs politiques disposent en effet depuis 2017 des données du système national des données de santé (SNDS). Géré par la Caisse Nationale de l’Assurance Maladie, le SNDS intègre les données de l’Assurance maladie, les données des hôpitaux, les causes médicales de décès, les données relatives au handicap et des données en provenance des organismes complémentaires. Il s’ agit d’une source considérable de données déjà existantes et répertoriées sur les cancers et les autres pathologies. Le registre national des cancers peut alors faire figure de double dispositif, dont les coûts annuels pour son fonctionnement sont pourtant évalués à 16 millions d’€ contre 10 millions d’€ pour les registres existants.
Selon les prévisions, l’incidence des cancers pourrait augmenter de 80 % d’ici 2050, en lien avec le vieillissement de la population et l’exposition à de nouveaux facteurs de risque environnementaux. La création d’un registre national des cancers apparaît comme une opportunité pour renforcer la lutte contre le cancer en France, sous réserve qu’il ne soit pas redondant avec certains dispositifs existants. Le décret d’application de la Loi est attendu avant la fin de l’année 2025 pour une entrée en vigueur du registre début 2026.
Sources
- Institut National du Cancer. Panorama des Cancers, édition 2025. https://www.cancer.fr/catalogue-des-publications/panorama-des-cancers-en-france-2025-edition-speciale-20-ans
- Santé Publique France. Cancers. 21 mars 2025. https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/cancers
- Vie Publique. Loi du 30 juin 2025 visant à mettre en place un registre national des cancers. 1er juillet 2025. https://www.vie-publique.fr/loi/289931-creation-dun-registre-national-des-cancers-loi-du-30-juin-2025