Plus de la moitié des jeunes de 18 à 24 ans ont déjà été affectés par un problème de santé mentale, selon une enquête menée par Odoxa pour la Mutualité Française en septembre 2024. Quel est l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des jeunes ? Souvent désignés comme un coupable idéal, sont-ils une cause ou une conséquence du mal-être grandissant de la jeune génération ?
Une dégradation de la santé mentale des jeunes Français
Depuis la crise sanitaire liée à la pandémie de la Covid-19, la santé mentale des jeunes Français suscite de plus en plus d’inquiétudes. Les différentes enquêtes menées auprès des enfants, des adolescents et des jeunes adultes révèlent un mal-être. Si 80 % des adolescents se déclarent en bonne santé globale, les chiffres publiés par Santé Publique France témoignent d’une santé mentale en berne :
- Un adolescent sur 4 a éprouvé un sentiment de solitude au cours de l’année écoulée ;
- Plus de la moitié des adolescents présentent des plaintes psychologiques récurrentes, comme des difficultés d’endormissement, une nervosité ou une irritabilité ;
- Environ 15 % des adolescents sont à risque élevé de dépression ;
- 24 % des lycéens déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours de l’année écoulée ;
- Un lycéen sur dix déclare avoir fait une tentative de suicide au cours de sa vie.
La santé mentale des jeunes se dégrade depuis environ une décennie, en particulier chez les filles et les jeunes femmes, avec une accentuation du phénomène depuis la crise sanitaire. Quelles sont les raisons de ce phénomène ?
Les réseaux sociaux régulièrement pointés du doigt
De nombreux spécialistes tentent d’expliquer la dégradation de la santé mentale des jeunes. Parmi les facteurs avancés, les réseaux sociaux apparaissent souvent comme un coupable tout désigné. Des chiffres viennent appuyer cette hypothèse, puisque 46 % des jeunes de 18 à 24 ans déclarent ressentir les effets néfastes des réseaux sociaux, selon le Baromètre de la santé mentale publié par Dailymotion en octobre 2024.
À une période de la vie où ils se construisent et développent leur personnalité, les jeunes sont confrontés en permanence via les réseaux sociaux à des modèles idéalisés ou des influences de toutes sortes. Ils peuvent chercher à se comparer voire à s’identifier à tel ou tel influenceur, à suivre telle ou telle nouvelle tendance. Ils peuvent également être victimes de cyberharcèlement. Les réseaux sociaux pourraient ainsi exercer une pression numérique constante, qui vient s’ajouter à d’autres formes de pression ressenties par les jeunes :
- Les attentes parfois fortes des parents et de l’entourage ;
- Les impératifs de réussite scolaire et professionnelle ;
- Les enjeux d’intégration sociale.
Pour autant, l’exposition aux réseaux sociaux ne serait pas la seule coupable de la mauvaise santé mentale des jeunes. D’autres facteurs pourraient y contribuer, notamment :
- Des inquiétudes grandissantes sur l’avenir en lien avec le contexte économique global ;
- L’essor de l’éco-anxiété face aux conséquences de plus en plus visibles du réchauffement climatique ;
- Un individualisme croissant au sein de la société, rendant plus complexe les interactions sociales ;
- La crainte de la perspective d’une nouvelle pandémie, et donc de nouveaux confinements.
Enfin, certains spécialistes considèrent que les réseaux sociaux ne seraient pas la cause, mais la conséquence de la mauvaise santé mentale des jeunes. Leur mal-être pourrait les conduire à davantage se réfugier dans le monde numérique par crainte ou fuite du monde réel.
La santé mentale des jeunes, un enjeu majeur de santé publique
Si l’implication des réseaux sociaux dans la dégradation de la santé mentale des jeunes reste soumise à une controverse scientifique, les autorités de santé publique considèrent le mal être des jeunes comme un enjeu majeur. Des outils et dispositifs ont été mis en place pour prévenir et accompagner les jeunes.
Sensibiliser les jeunes, les parents et l’entourage est essentiel pour inciter le jeune à parler de son mal-être et si besoin à se confier à un professionnel de santé. Le Fil Santé Jeunes propose une ligne d’écoute accessible 7 jours sur 7 de 9h à 23h et un site internet d’information, d’échange et d’orientation. Le dispositif Mon Soutien Psy permet aux jeunes d’accéder plus facilement à un suivi psychologique. Enfin, le numéro national de prévention du suicide, le 3114, s’adresse à toutes les personnes en détresse ainsi qu’à toutes les personnes ayant la connaissance d’un jeune en souffrance.
Parallèlement, il semble indispensable de préciser le rôle des réseaux sociaux dans le mal-être des jeunes. Éduquer les jeunes sur l’usage et les dangers des réseaux sociaux, réguler l’accès à certains réseaux sociaux, mais aussi renforcer la lutte contre le cyberharcèlement, … des mesures qui paraissent indispensables pour protéger les jeunes des dangers du numérique.
Sources
- Information handicap. Réseaux sociaux : la santé mentale des jeunes en danger. 12 mai 2025. https://informations.handicap.fr/a-reseaux-sociaux-la-sante-mentale-des-jeunes-en-danger-38037.php
- Ministère de la santé. Prendre soin de la santé mentale des 18-25 ans. 30 janvier 2025. https://sante.gouv.fr/actualites/actualites-du-ministere/article/prendre-soin-de-la-sante-mentale-des-18-25-ans
- Santé Publique France. Santé mentale et bien-être des adolescents : publication d’une enquête menée auprès de collégiens et lycéens en France hexagonale. 9 avril 2024. https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2024/sante-mentale-et-bien-etre-des-adolescents-publication-d-une-enquete-menee-aupres-de-collegiens-et-lyceens-en-france-hexagonale