En France, les pathologies chroniques sont à l’origine de plus de 80 % des décès prématurés et représentent près de 60 % des dépenses de l’Assurance maladie. Dans une feuille de route publiée en avril 2026, l’Institut de recherche et de documentation en économie de la santé (IRDES) insiste sur la nécessité de prioriser la prévention.
Le fardeau des maladies chroniques
Plus de 20 millions de Français vivent avec au moins une maladie chronique, dont 75 % pour une maladie neuro-cardiovasculaire ou le diabète. De nombreuses maladies chroniques sont en progression en France, en Europe et dans le monde : les cancers, les maladies cardiovasculaires, les maladies métaboliques, l’obésité, etc. Et ce phénomène devrait s’accentuer dans les années à venir d’après les projections des experts.
Le vieillissement de la population pourrait entraîner une hausse de 2,3 millions du nombre de personnes vivant avec une maladie chronique en France à l’horizon 2035. En 2035, 43 % de la population pourrait être concernée par au moins l’une de ces maladies. D’après le rapport de l’Assurance maladie pour l’année 2023, 60 % des dépenses sont allouées aux pathologies et traitements chroniques pour un montant total d’environ 126 milliards d’euros. Les plus fortes hausses de dépenses entre 2015 et 2023 ont été enregistrées pour :
- Les cancers actifs (+21.3 %) ;
- Les maladies psychiatriques (+10 %) ;
- Les maladies cardiovasculaires chroniques (+9.7 %).
Les pathologies chroniques représentent ainsi un lourd fardeau à l’échelle individuelle – pour les patients et leur entourage – et à l’échelle collective – avec un impact majeur pour le système de santé.
Prioriser davantage la prévention…
L’IRDES est reparti de ce constat pour établir sa feuille de route, avec un appel à réorienter le système de santé vers davantage de prévention. La hausse des coûts des innovations thérapeutiques associée à l’essor des maladies chroniques pourrait profondément remettre en cause la capacité du système de santé à prendre en charge les traitements chroniques. Il est urgent de réorganiser les pratiques pour agir plus précocement et mieux cibler les patients à risque, dès le plus jeune âge.
Actuellement, la pratique clinique reste encore largement tournée vers le curatif, alors que les dépenses de prévention restent en retrait. La prévention institutionnelle ne représente ainsi que 2,3 % des dépenses de santé. Dans un avis publié dès 2012, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) insistait sur les enjeux de la prévention en santé et préconisait une véritable culture de la prévention comme pierre angulaire des nouvelles politiques de santé publique. La prévention reste trop souvent secondaire par rapport à l’approche curative, parfois mal structurée et encore faiblement valorisée. L’IRDES recommande de définir des lignes directrices pour l’ensemble des professionnels de santé pour garantir un meilleur accès à la prévention partout sur le territoire. De plus, il est indispensable de cibler les catégories de population les plus vulnérables, qui présentent un risque majoré de développer des pathologies chroniques.
Mobiliser les professionnels de santé et sensibiliser les Français
Des mesures de prévention existent et se développent, à l’instar des dépistages organisés des cancers, avec le lancement récent du programme pilote de dépistage organisé du cancer du poumon.Les recommandations vaccinales sont actualisées chaque année, pour prendre en compte les évolutions épidémiologiques des infections et la mise sur le marché des nouveaux vaccins. De multiples facteurs de risque modifiables de pathologies chroniques sont connus et étudiés : une alimentation déséquilibrée, une activité physique insuffisante, la sédentarité, le tabagisme, ….
Mais le temps dédié à la prévention est-il suffisant dans le contexte de la désertification médicale et de la pénurie de soignants ? Les Français adhèrent-ils aux mesures de prévention proposées ? En France, les couvertures vaccinales restent inférieures aux objectifs de santé publique (par exemple moins de 20% des personnes âgées d’au moins 65 ans à risque élevé d’infections à pneumocoque sont correctement vaccinées contre ces infections). Même tendance pour les taux de participation aux dépistages organisés (par exemple 30,7 % pour la période 2024-2025 pour le dépistage du cancer colorectal). Depuis janvier 2024, des bilans de prévention peuvent être proposés aux âges clés de la vie (entre 18 et 25 ans, 45 et 50 ans, 60 et 65 ans, et entre 70 et 75 ans). Pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, ce bilan est l’occasion de mettre en avant la prévention dans un temps dédié entre professionnel de santé et patient. Il traduit la volonté des autorités de santé publique de définir la prévention comme un axe majeur d’amélioration de la santé des Français. Mais sa réussite dépend d’une nécessaire prise de conscience de l’importance de la prévention par les patients et d’une évolution des pratiques des professionnels vers davantage de prévention.
Sources
- Fondation INSERM. Une progression sans précédent des maladies chroniques. Consulté le 19 mai 2026. https://fondation-inserm.org/nos-domaines-dactions/relever-les-grands-defis-societaux/augmentation-des-maladies-chroniques/
- Les Echos. Santé : le coût croissant des maladies chroniques en France et les pistes pour désamorcer cette bombe à retardement. 27 mars 2026. https://www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/sante-le-cout-croissant-des-maladies-chroniques-en-france-et-les-pistes-pour-desamorcer-cette-bombe-a-retardement-2223496
- Ministère de la Santé. « Mon Bilan Prévention » : lancement d’un dispositif ambitieux pour améliorer la santé des Français. 9 septembre 2024. https://sante.gouv.fr/actualites-presse/presse/communiques-de-presse/article/mon-bilan-prevention-lancement-d-un-dispositif-ambitieux-pour-ameliorer-la