La première cause de mortalité dans le monde reste les maladies et accidents cardiovasculaires, malgré les progrès diagnostiques et thérapeutiques. Les facteurs de risque cardiovasculaires déterminent ainsi en partie l’espérance de vie. En agissant au quotidien sur son mode de vie, est-il possible d’allonger son espérance de vie, même quand la génétique s’en mêle ?
Maladies et accidents cardiovasculaires, seconde cause de mortalité en France
Les chiffres sur les maladies et accidents cardiovasculaires sont édifiants. En France, 100 000 infarctus du myocarde sont recensés chaque année, provoquant 12 000 décès. Un million de Français souffrent d’insuffisance cardiaque. La mortalité des arrêts cardiaques reste très élevée, aux alentours de 95 %, malgré la rapidité de la prise en charge et les innovations thérapeutiques. Au total, 400 décès surviennent chaque jour en France en lien avec les maladies et les accidents cardiovasculaires. Les enjeux sont majeurs, à la fois en termes de santé publique et d’économie de santé, puisque le coût des maladies cardiovasculaires est estimé à près de 18 milliards d’euros chaque année.
Les maladies et accidents cardiovasculaires sont décrits comme des maladies chroniques multifactorielles, impliquant à la fois des facteurs modifiables (liés au mode de vie, tels que le tabagisme, l’alimentation, l’activité physique ou la consommation d’alcool) et des facteurs non modifiables (comme l’hérédité, le genre ou l’âge). Compte-tenu de leur impact sur l’espérance de vie, un changement du mode de vie peut-il permettre de vivre plus longtemps en écartant le risque cardiovasculaire ?
14 années d’espérance de vie supplémentaires en agissant sur son mode de vie
Cette question a fait l’objet d’une étude internationale récemment publiée dans la revue scientifique The New England Journal of Medicine, et pilotée par un cardiologue français. Elle s’est basée sur les données de plus de 2 millions d’adultes, vivant dans 39 pays et suivis sur une période de 30 ans. Les chercheurs avaient pour objectif de déterminer l’impact sur l’espérance de vie des cinq principaux facteurs de risque cardiovasculaire modifiables :
- l’hypertension artérielle ;
- le tabac ;
- le cholestérol ;
- le diabète ;
- le surpoids.
Les données collectées ont révélé que la suppression des facteurs de risque modifiables pouvait permettre de gagner jusqu’à 14 années d’espérance de vie pour un adulte de 50 ans, en réduisant considérablement le risque de développer une maladie cardiovasculaire.
Les chiffres varient selon le genre et selon le facteur de risque éliminé. En supprimant un seul facteur de risque, une personne pourrait gagner entre 4 et 6 années d’espérance de vie. Des arguments de poids pour inciter les Français à changer leur mode de vie : adopter une alimentation saine et équilibrée, surveiller son poids corporel, sa glycémie et sa tension artérielle ou encore arrêter de fumer. Mais le changement de mode de vie peut-il contrer la génétique ?
Un poids parfois sous-estimé de la génétique ?
Si les facteurs de risque cardiovasculaires modifiables incitent à mettre en place des actions individuelles de prévention et de dépistage, d’autres facteurs s’imposent aussi et déterminent en partie le risque cardiovasculaire et donc l’espérance de vie. Parmi ces facteurs, l’importance de la génétique reste encore souvent un sujet soumis à controverse. Ces dernières années, les études évaluaient le poids de la génétique dans l’espérance de vie entre 6 et 25 %.
Récemment, une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Science apporte une nouvelle vision de l’influence des gènes. Les chercheurs ont utilisé les données de paires de jumeaux suivies pendant plus d’un siècle, mais aussi des simulations mathématiques de jumeaux virtuels. Les données collectées révèlent que la génétique pourrait expliquer plus de 50 % de l’espérance de vie, soit un chiffre doublé par rapport aux études habituelles. La génétique aurait donc un poids plus important qu’on ne le pensait auparavant. Les sujets prédisposés génétiquement aux maladies cardiovasculaires devraient ainsi être prioritairement ciblés par les campagnes de prévention et de dépistage. À risque génétiquement, ils doivent être les premiers à changer leur mode de vie pour espérer vivre plus longtemps.
Sources
- CHU de Toulouse. Un monde sans maladies cardiovasculaires. 17 décembre 2025. https://www.chu-toulouse.fr/un-monde-sans-maladies-cardiovasculaires
- The Global Cardiovascular Risk Consortium. Global Effect of Cardiovascular Risk Factors on Lifetime Estimates. N Engl J Med. 2025;393:125-138. https://www.nejm.org/doi/10.1056/NEJMoa2415879?url_ver=Z39.88-2003&rfr_id=ori:rid:crossref.org&rfr_dat=cr_pub%20%200pubmed
- Ben Shenhar et al. Heritability of intrinsic human life span is about 50% when confounding factors are addressed.Science. 2026 ;391:504-510.https://www.science.org/doi/10.1126/science.adz1187