Les fêtes de fin d’année à peine terminées, débute l’opération Dry January, un mois pour s’abstenir de boire de l’alcool. Une opération venue du Royaume-Uni il y a 6 ans et qui connaît un franc succès en France. Mais cette bonne résolution dépasse-t-elle l’horizon du 31 janvier pour induire un vrai changement dans les comportements vis-à-vis de l’alcool ?
Dry January 2025, la sixième édition du mois sans alcool en France
Le Dry January, le défi d’un janvier sans alcool, est organisé en France par différents acteurs de santé, notamment impliqués dans la lutte contre les addictions. Initié au Royaume-Uni en 2013, il arrive en France en 2020. L’objectif, supprimer l’alcool de son quotidien entre le 1er et le 31 janvier de l’année. En lançant ce défi juste après la période des fêtes de fin d’année, souvent associée à des excès en matière d’alimentation et de consommation d’alcool, les organisateurs misent sur une forte adhésion. En 2024, 4,5 millions de Français avaient relevé le défi et les organisateurs espèrent dépasser ce chiffre cette année.
Comme pour le mois sans tabac, participer au défi Dry January permet de ne pas se lancer seul(e), mais de se sentir entouré(e) de toute une communauté, qui partage le même objectif. L’application mobile TryDry permet également un accompagnement personnalisé des participants. Avec l’opération Dry January, ce mois de janvier devient un temps privilégié pour :
- Faire le point sur sa consommation d’alcool, au quotidien ou dans les grandes occasions ;
- Limiter sa consommation d’alcool ;
- Appréhender sa relation à l’alcool ;
- Découvrir des alternatives à la consommation d’alcool.
Dans l’idéal, les participants sont appelés à prolonger l’exercice tout le mois de janvier et même au-delà, mais chaque jour gagné est une petite victoire à elle seule et peut profondément modifier les rapports à l’alcool pour les mois suivants.
Un défi plébiscité par les jeunes, avec des bénéfices au-delà du mois de janvier
Limiter sa consommation d’alcool uniquement sur un mois présente-t-il un réel intérêt en matière de santé publique ? Même si l’opération Dry January n’est pas soutenue financièrement par les pouvoirs publics, ses résultats sont scrutés d’année en année. Une étude, l’étude Janover, a ainsi été publiée en décembre 2024 dans la revue scientifique Frontiers in Public Health et décrit les résultats de l’opération Dry January 2024.
Les chiffres confirment une participation en hausse en France au fil des années, avec une belle progression sur les six éditions du Dry January, passant de 8 % de la population en 2020 à 20% en 2024. Tous les Français se sentent concernés, hommes et femmes, de tous âges, même si les jeunes semblent s’impliquer davantage, avec respectivement 29 % de participation chez les 18-34 ans et 20 % chez les 35-54 ans.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette meilleure adhésion des jeunes au Dry January :
- Un défi lancé à toute une communauté, un format de sensibilisation qui attire davantage les jeunes que des formats plus classiques ;
- Des comportements plus à risque vis-à-vis de l’alcool chez les jeunes, en particulier le binge drinking ;
- Une plus forte sensibilisation des jeunes aux dangers de l’alcool ;
- Des conséquences plus marquées d’un usage excessif de l’alcool.
L’étude révèle également que les participants du Dry January prennent plus facilement conscience des consommations d’alcool à risque. Au-delà du mois de janvier, cette prise de conscience est susceptible d’induire un vrai changement de comportement pour les mois et les années à venir. L’opération Dry January apporte ainsi des bénéfices durables et peut contribuer à la baisse de la consommation d’alcool en France. L’étude le confirme, avec près de 60 % des participants qui, 8 mois après le Dry January, déclarent une baisse de leur consommation d’alcool en fréquence et/ou en quantité.
Les boissons sans alcool, bonne ou mauvaise solution ?
Si les bénéfices attendus d’une baisse de la consommation d’alcool sont multiples, avec une amélioration de l’état cutané, du sommeil, de la vitalité et plus largement de la santé à court, moyen et long termes, les habitudes restent parfois tenaces. L’alcool est encore souvent mis en avant comme un synonyme de fête et de convivialité. Une idée reçue qui reste encore largement ancrée dans la société française et qui continue d’être alimentée par les lobbys de l’alcool.
Pourtant, cette sixième édition du Dry January marque peut-être un tournant, avec un essor sans précédent du marché des boissons sans alcool. Ces boissons sans alcool, longtemps réservées à certaines catégories de population, comme les femmes enceintes, les patients diabétiques ou les sportifs de haut niveau, font de plus en plus d’adeptes en Europe et plus récemment en France.
Au fil des années, des professionnels du secteur ont mis au point puis enrichi leur offre, en reprenant un certain nombre de codes jusque-là réservés aux alcools. On retrouve ainsi des gammes de vins sans alcool, blancs ou rouges, aromatisés, effervescents, mais aussi des cocktails, des bières, …. Des produits mis en avant par des cavistes spécialisés lors de soirées de dégustation. En 2023, plus de 32 millions de litres de vin sans alcool ont été consommés en France. Le vin sans alcool représente désormais 3 % du marché total du vin en France, avec une croissance annuelle à deux chiffres.
Si ces boissons sans alcool présentent l’avantage incontestable de ne pas contenir d’alcool, certains spécialistes s’inquiètent déjà de leur composition, et notamment de leur contenu en calories, en additifs alimentaires, en sucres ou en édulcorants. Il revient aux consommateurs de rester vigilants au moment de choisir leur boisson sans alcool. En réduisant leur consommation d’alcool, il ne faudrait pas s’exposer à d’autres risques pour la santé.
Sources
- Fédération Addiction. Les participants au Dry January réduisent durablement leur consommation d’alcool : les chiffres qui le prouvent. 6 janvier 2025. https://www.federationaddiction.fr/thematiques/alcool-thematiques/les-participants-au-dry-january-reduisent-durablement-leur-consommation-dalcool-les-chiffres-qui-le-prouvent/
- Alcool et fête : quels sont les risques ? Alcool Info Service. 30 mars 2024. https://www.alcool-info-service.fr/sinformer-et-evaluer-sa-consommation/alcool-et-fetes/alcool-et-fete-quels-sont-les-risques
- Brau. Marché du vin sans alcool : étude de marché et chiffres clés pour 2025. 28 octobre 2024. https://www.brau.wine/journal/etude-de-marche-vin-sans-alcool-2025/