L’ARNm, vers un vaccin sous la forme d’un comprimé ?!

Les premiers vaccins basés sur la technologie de l’ARNm ont été mis sur le marché au cœur de la pandémie de Covid-19 à la fin de l’année 2020. Pourtant, la technologie utilisant les ARN n’est pas si récente, puisque le premier médicament ciblant un ARN a été commercialisé dès 1999. Si l’intérêt thérapeutique de l’ARNm semble démontré, des perspectives continuent d’être explorées, notamment au niveau des modes d’administration des traitements. 

L’ARN messager, une technologie qui a le vent en poupe

Vous l’avez pour la plupart découvert avec l’arrivée des premiers vaccins contre la Covid-19… à moins qu’il ne vous rappelle de lointains souvenirs de cours de biologie. L’ARNm, cet agent de transmission de l’information génétique entre l’ADN du noyau et les protéines codées dans le cytoplasme des cellules, est devenu en quelques années le support d’une nouvelle technologie très en vue dans la sphère scientifique et médicale. 

Si l’ARNm fait aujourd’hui beaucoup parler de lui, il est connu depuis déjà de nombreuses années, et a suscité un intérêt thérapeutique avant même les années 2000. Aujourd’hui, il se retrouve dans des vaccins contre la Covid-19. D’autres vaccins à ARNm pourraient voir le jour dans les prochaines années, contre la grippe saisonnière, le virus Zika, le cytomégalovirus (CMV) ou encore les infections liées au VRS (Virus Respiratoire Syncitial)

Et les perspectives offertes par la technologie de l’ARNm dépassent de très loin le cadre de la vaccination. Des dizaines de thérapies basées sur l’ARN sont actuellement en cours de développement dans de nombreuses indications, notamment dans la prévention et le traitement des cancers. Un premier essai clinique a été lancé en 2002 pour stimuler l’immunité des patients et ainsi les aider à lutter contre le cancer de la prostate. D’autres essais sont en cours dans les mélanomes, le cancer du poumon, le cancer du rein, le cancer du pancréas ou encore le cancer colorectal. La possibilité offerte par l’ARNm de réguler le système immunitaire pourrait également permettre le développement de nouvelles thérapies dans les maladies auto-immunes et inflammatoires, comme la sclérose en plaques, le psoriasis ou la maladie de Crohn. 

Bientôt un vaccin à ARNm sous la forme d’un comprimé 

Comme la majorité des vaccins actuellement disponibles sur le marché, les vaccins à ARNm contre la Covid-19 s’administrent par voie intramusculaire. Les ARNm thérapeutiques sont des substances relativement fragiles que les chercheurs doivent préserver jusqu’au site où ils seront actifs dans l’organisme. Dans les vaccins actuels, les ARNm sont encapsulés dans des nanoparticules lipidiques qui assurent leur stabilité jusqu’au site voulu. 

Et si demain, il était possible de se vacciner contre la Covid-19 à l’aide d’un simple comprimé ? Actuellement, des chercheurs développent une nouvelle méthode de stabilisation de l’ARNm sous une forme non plus liquide, mais sèche. Une telle innovation permettrait d’administrer un vaccin ARNm par voie orale, simplifiant alors considérablement la chaîne logistique de la vaccination. Rappelons qu’à ce jour, les vaccins contre la Covid-19 restent toujours disponibles uniquement sous format multidoses, obligeant les professionnels à planifier les rendez-vous de vaccination sur des délais courts. Et ces vaccins nécessitent le respect strict de la chaîne du froid du laboratoire au patient. 

Pour parvenir à une telle prouesse technologique, les chercheurs procèdent en deux étapes : 

  1. La première étape consiste à lyophiliser les nanoparticules lipidiques qui renferment la molécule d’ARNm. Pour préserver l’activité biologique de l’ARNm à ce stade, des excipients spécifiques sont ajoutés. Au final, une poudre est obtenue. 
  2. Lors de la seconde étape, la poudre est comprimée, comme pour la fabrication n’importe quel comprimé sec. Les caractéristiques physico-chimiques de la poudre permettent aux chercheurs d’appliquer une pression moins élevée qu’à l’accoutumée pour obtenir le comprimé final. 

Les comprimés d’ARNm ainsi préparés ont déjà été testés avec succès in vitro, puis sur un modèle animal. Les essais d’administration par voie buccale ont débuté chez l’animal, avec des conclusions attendues pour la fin de l’année 2024. Si les résultats prometteurs se confirment, d’autres essais se succèderont : des études de stabilité, puis des essais cliniques chez l’homme. 

Pourquoi développer des formes non injectables de vaccins ?

La perspective d’un vaccin administré par voie orale n’est pas nouvelle. Depuis 1962, il existe un vaccin oral contre la poliomyélite. Plus récemment, depuis les années 2000 sont disponibles des vaccins oraux contre les gastro-entérites à rotavirus. Parallèlement, d’autres formes de vaccins non injectables ont été développées, comme le vaccin nasal contre la grippe saisonnière destiné aux enfants. D’autres vaccins nasaux pourraient prochainement voir le jour, notamment un vaccin nasal contre la Covid-19 ou encore un vaccin contre la coqueluche

Pourquoi développer des vaccins non injectables ? Est-ce dans le but d’améliorer la couverture vaccinale en vaccinant plus facilement les personnes stressées par les piqûres ? Est-ce pour limiter les contraintes logistiques ? Ou encore pour améliorer l’efficacité des vaccins ? 

Dans le cas des vaccins injectables contre la Covid-19, leur efficacité est importante pour réduire le risque de formes sévères de la maladie, mais elle est moindre pour limiter le risque de transmission du virus. En développant un vaccin sous forme de spray nasal, les chercheurs ont réussi à améliorer l’efficacité du vaccin sur le risque de propagation du virus. En effet, l’ARNm est délivré directement au niveau de la muqueuse, permettant une meilleure protection contre la transmission virale. 

Qu’en est-il pour le vaccin sous forme de comprimé ? Difficile à ce stade d’en savoir plus sur son efficacité par rapport aux vaccins injectables, mais les chercheurs mettent déjà en avant deux premiers avantages : 

  • Supprimer les contraintes logistiques associées à la chaîne du froid en développant un vaccin stocké à température ambiante sur des mois, voire des années ;
  • Faciliter l’administration du vaccin. 

L’ARNm semble d’ores et déjà promis à un bel avenir thérapeutique. Parallèlement, les avancées technologiques favorisent l’émergence de nouvelles formulations capables selon les cas d’améliorer l’efficacité des thérapies à ARNm, de simplifier leur logistique ou de faciliter leur administration. 

Sources

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