En France, sur 100 € de dépenses de santé, seulement 2€30 sont consacrés à la prévention. Un chiffre nettement insuffisant selon les experts, tandis que le fardeau des maladies chroniques ne cesse de s’accroître. Orienter le système de santé français vers davantage de prévention constitue un enjeu majeur de santé publique.
Quatre cancers sur 10 pourraient être évités
Les chiffres sur l’état de santé des Français témoignent de la nécessité d’augmenter la part des dépenses de santé octroyées pour la prévention :
- En 2024, 14 millions de personnes, soit un Français sur 5, vit avec une affection longue durée (ALD), c’est-à-dire avec au moins une maladie chronique. D’après les prévisions, elles pourraient être 18 millions en 2035 ;
- Le nombre de patients atteints de maladies chroniques a doublé au cours des 25 dernières années ;
- Ce chiffre ne traduit pas seulement le vieillissement de la population, puisqu’un Français sur 4 âgé de 45 à 54 ans vit avec au moins deux maladies chroniques ;
- 40 % des cancers sont attribués à des facteurs de risque modifiables, c’est-à-dire qu’il est possible d’agir en amont pour les éviter ;
- 18,1 % des adultes sont touchés par l’obésité, avec un coût socio-économique estimé à 12,7 milliards d’euros.
Parallèlement, les initiatives existantes en matière de prévention ne rencontrent pas toujours le succès espéré. Concernant les dépistages organisés des cancers, les taux de participation sont tous inférieurs aux objectifs fixés par les autorités de santé publique. 40 % des femmes concernées par le dépistage du cancer du col de l’utérus ne le réalisent pas. Pour le dépistage du cancer du sein par mammographie, le taux de participation n’est que de 46,3 % et pour celui du cancer colorectal, de seulement 30,7 %.
Un système de santé historiquement axé sur le soin
Même constat du côté des couvertures vaccinales, alors que la vaccination est l’un des moyens de prévention les plus efficaces. Dans la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030, est fixé un objectif de couverture vaccinale contre les infections à Papillomavirus (HPV) de 80 % à l’horizon 2030. En 2025, 61,6 % des jeunes filles ont reçu une première dose de vaccin, un chiffre de seulement 46,0 % chez les jeunes garçons. En comparaison, la couverture vaccinale des filles contre les infections HPV est de 90 % au Rwanda. En Australie ou au Danemark, les fortes couvertures vaccinales obtenues depuis plusieurs années permettent désormais d’envisager une élimination du cancer du col de l’utérus dans les années à venir.
Début 2026, le Premier ministre a confié au député Cyrille Isaac-Sibille la création d’une mission gouvernementale prévention santé, avec l’objectif de construire un système de prévention primordiale. En juillet 2026, au terme de 327 auditions et de l’implication de près de 2 millions de personnes partout en France, la mission a rendu son rapport. Dans ce rapport, figurent 48 propositions pour développer une véritable politique de prévention santé avec un pilotage national, des moyens et un déploiement coordonné au niveau territorial, grâce à la généralisation et au renforcement du contrat local de santé. Le rapport propose également de créer un service public de santé enfance et jeunesse, consacré aux 0-25 ans, car la prévention doit nécessairement débuter dès le plus jeune âge.
Six priorités pour définir une politique nationale de prévention
Une prise de conscience collective apparaît comme déterminante avant toute action et implique tous les Français, les citoyens, les professionnels comme les décideurs. La prévention doit devenir le pilier de la politique de santé. Parallèlement, les différentes actions de prévention, plans, campagnes, …, doivent nécessairement être définies et coordonnées par un pilotage national de la prévention.
Le rapport indique 6 priorités pour la politique de prévention :
- La littératie en santé définie comme un levier d’autonomie tout au long de la vie ;
- La santé mentale, avec une politique du bien-être mental ;
- La vaccination, sous la forme d’une feuille de route pour la vaccination 2025-2030 ;
- Le bien-vieillir, à préparer dès l’enfance et à consolider à l’âge adulte ;
- La santé environnementale pour des environnements plus favorables à la santé ;
- Les comportements favorables à la santé, par exemple en visant une génération sans tabac ou en améliorant la qualité nutritionnelle des aliments.
D’après les experts, 80 % de notre santé dépendent de nos comportements (alimentation, activité physique, sédentarité, mode de vie, …) et de nos environnements (exposition en milieu professionnel, pollution intérieure, pollution environnementale, …) et seulement 20 % du système de santé. En augmentant la part des dépenses allouées à la prévention, il serait donc possible d’agir durablement sur la santé publique. Un enjeu politique qui dépasse les seules limites de la santé.
Sources
- Mission gouvernementale prévention santé. Construire un système de prévention primordiale. Rapport public. 13 juillet 2026. https://www.banquedesterritoires.fr/sites/default/files/2026-09/Synopsis%20-%20Rapport%20-%20Cyrille%20Isaac-Sibille-3.pdf
- Panorama des cancers. édition 2026. Juillet 2026. https://www.cancer.fr/l-institut-national-du-cancer/panorama-des-cancers-en-france
- Santé Publique France. Vaccination des enfants, adolescents et jeunes adultes en France. Bilan de la couverture vaccinale en 2025. 27 avril 2026. https://www.santepubliquefrance.fr/vaccination/bulletin-national/vaccination-des-enfants-adolescents-et-jeunes-adultes-en-france-bilan-de-la-couverture-vaccinale-en