Entre 2012 et 2024, la France est passée de la 5ème à la 9ème place européenne pour la balance commerciale des produits pharmaceutiques et du diagnostic. Un chiffre qui témoigne, selon le cercle de réflexion des industries de santé françaises G5 Santé, du décrochage de la France dans la compétition européenne de la production de produits de santé.
Régulation économique, une contrainte forte pour l’attractivité française
L’économie du médicament en France se trouve confrontée à deux problèmes majeurs, susceptibles d’impacter la santé publique :
- Un accès au médicament plus contraint, en lien avec une régulation économique du médicament particulièrement forte ;
- Une attractivité industrielle moins favorable que ses voisins européens, en lien avec une fiscalité importante.
Ces dernières années, la régulation du prix du médicament s’est intensifiée et représente désormais une part importante de la valeur du marché (11 % en 2025). Initialement mise en place pour préserver le système de santé et la prise en charge des médicaments pour les patients, cette régulation affecte les marges des industries pharmaceutiques, limitant d’autant leurs capacités d’investissement sur le territoire. Depuis 2010, la part du médicament dans l’ONDAM (Objectif National des Dépenses de l’Assurance Maladie) a diminué de 20 %, et ce malgré un coût croissant des innovations thérapeutiques mises sur le marché ces dernières années. De plus, les limites de la régulation économique du médicament apparaissent. La prise en charge des médicaments par les pouvoirs publics tend à se réduire, par exemple le passage de 15 à 5 % de la prise en charge par l’Assurance maladie des médicaments à service médical rendu faible ou modéré annoncé dans un décret paru au Journal Officiel en août 2026.
La France recule, quand l’Allemagne et l’Italie progressent
Le contexte international très concurrentiel dans le domaine de la santé rend la France moins attractive que ses voisins européens, en particulier que l’Allemagne ou l’Italie. En 2024, l’Allemagne s’est positionnée à la seconde place européenne sur la balance commerciale pharmaceutique, en s’appuyant sur plusieurs atouts :
- Des clusters R&D avec des collaborations étroites entre les sociétés de biotechnologie, les instituts de recherche et les parcs technologiques ;
- Une possibilité de commercialiser les médicaments dès l’obtention de leur autorisation de mise sur le marché, associée à une éligibilité automatique au remboursement et à la libre tarification pendant les six premiers mois ;
- L’accélération des essais cliniques grâce à une loi sur la recherche médicale publiée en 2024.
Alors que la balance commerciale des produits pharmaceutiques et du diagnostic de la France a reculé de 8 à 6 milliards d’euros, la balance de l’Allemagne a progressé de 35 milliards d’euros. L’italie se hisse désormais à la quatrième place du classement, en ayant gagné 6 places en 16 ans, grâce à plusieurs initiatives (politiques de soutien aux biotechs, fonds d’innovation, procédures rapides de tarification et de remboursement).
La France se retrouve affaiblie au niveau de son attractivité industrielle pour la production de médicaments, un phénomène accentué par les coûts induits par la transition écologique et la distribution pharmaceutique. Cette situation impacte négativement l’accès aux médicaments, à la fois les médicaments classiques pour lesquels surviennent régulièrement des tensions voire des ruptures d’approvisionnement, mais aussi les médicaments innovants. Seulement la moitié des nouveaux médicaments autorisés en Europe entre 2022 et 2024 est actuellement accessible en France.
Des initiatives pour soutenir l’attractivité de la recherche clinique française
Sur le front des essais cliniques, des initiatives émergent pour renforcer la visibilité et l’accès à la recherche clinique française pour les acteurs du monde entier. C’est le cas de « My French Clinical Trial », lancée par F-CRIN (French Clinical research Infrastructure Network), French Healthcare et un collectif d’opérateurs français de recherche clinique. L’objectif final est de favoriser l’accès précoce aux traitements et aux innovations thérapeutiques pour les patients français, en rendant l’écosystème français de la recherche clinique plus lisible et plus accessible.
La France reste aujourd’hui l’un des pays les plus attractifs en Europe pour la recherche clinique, notamment grâce à une expertise scientifique et clinique reconnue mondialement. Chaque année, plus de 2 700 recherches cliniques sont lancées en France, dont environ 840 essais cliniques portant sur le médicament, en s’appuyant sur 3 300 centres investigateurs. À titre d’exemple, la France participe à environ 15 % de la recherche clinique mondiale dans le domaine de l’oncologie.
Les choix politiques et stratégiques en matière d’économie et de réglementation de l’industrie du médicament conditionnent plus que jamais l’attractivité de la France et par conséquent l’accès aux innovations diagnostiques et thérapeutiques pour les patients.
Sources
- F-CRIN. Lancement de « My French Clinical Trial »: un premier pas vers un portail national dédié à la recherche clinique française pour renforcer son attractivité internationale. 17 septembre 2026. https://www.fcrin.org/espace-media/actualites/lancement-de-my-french-clinical-trial-un-premier-pas-vers-un-portail
- Rexecode. Les enjeux macroéconomiques de la régulation économique du médicament en France. 3 juillet 2023. https://www.rexecode.fr/competitivite-croissance/documents-de-travail/les-enjeux-macroeconomiques-de-la-regulation-economique-du-medicament-en-france
- Le cercle de réflexion des industries de santé françaises G5 Santé. Poids de la régulation de l’industrie de santé et contribution du G5 santé à l’économie. Juillet 2026. https://www.g5-sante.fr/wp-content/uploads/2026/09/G5SANTE—BDO—Regulation-et-CES.pdf