Quand les anticorps de lamas attirent l’intérêt des chercheurs… 

À quelques jours d’intervalle ont été publiées deux études sur des anticorps de lamas, qui seraient capables d’ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques pour la santé humaine. Les chercheurs s’intéressent de près aux nanocorps, des segments d’anticorps spécifiques de certaines espèces animales. 

 

Des nanocorps déjà étudiés pendant la pandémie de Covid-19

Les nanocorps, ou nano-anticorps, sont des types particuliers d’anticorps naturellement produits par le système immunitaire des camélidés (chameaux, lamas, alpagas, …). On les retrouve également chez certains poissons cartilagineux, comme les requins et les raies. En revanche, ils sont absents chez les humains. En 1989, des chercheurs belges découvrent par hasard chez ces animaux des anticorps particuliers, dépourvus des chaînes légères que l’on retrouve habituellement dans la structure des anticorps. 

À partir de ces protéines particulières, ils parviennent à produire des fragments dix fois plus petits qu’un anticorps habituel et les appellent des nanocorps (nanobodies). L’intérêt des nanocorps pour les chercheurs réside dans leur capacité à accéder à des zones jusque-là inaccessibles pour les anticorps de taille et de structure normales. 

Plus stables biochimiquement, moins coûteux à produire et plus faciles à développer, les nanocorps humanisés suscitent l’intérêt des chercheurs dans différents domaines. Ils ont par exemple fait l’objet de multiples études pour développer des vaccins contre la Covid-19, avant l’avènement des vaccins à ARNm. 

 

8 nanocorps pour un antivenin efficace contre 17 serpents parmi les plus dangereux

Récemment, deux nouvelles études ont été publiées sur les nanocorps, révélant leur intérêt dans des contextes très variables : 

  • une étude sur les traitements antivenins ;
  • une étude sur les maladies mentales, dont la schizophrénie. 

La première étude, publiée dans la célèbre revue Nature et menée par une équipe de recherche internationale, a permis la mise au point d’un nouveau traitement antivenin, efficace sur 17 des 18 serpents les plus dangereux d’Afrique subsaharienne. Les chercheurs ont utilisé la technique du phage display pour reproduire à grande échelle un cocktail de 8 nanocorps extraits de lamas exposés à différents venins. L’antivenin produit présente de multiples avantages par rapport aux solutions actuelles : 

  • La capacité à s’infiltrer dans l’ensemble des tissus potentiellement envenimés ;
  • Une meilleure tolérance immunitaire, et donc moins d’effets secondaires ;
  • Une réduction des nécroses tissulaires observées habituellement après une morsure de serpent, même après une administration tardive. 

Les résultats obtenus au cours de l’étude sont très prometteurs et laissent entrevoir la possibilité de produire à grande échelle des antivenins moins coûteux et avec un spectre beaucoup plus large que les antivenins actuellement disponibles. 

 

Les nanocorps, nouvelle solution thérapeutique contre les maladies mentales ?

La seconde étude, également publiée dans la revue Nature, révèle l’intérêt des nanocorps dans un tout autre registre, les maladies mentales et en particulier la schizophrénie. Cette fois, les chercheurs ont isolé des nanocorps de lamas capables de cibler un récepteur cérébral impliqué dans la schizophrénie. 

Dans les pathologies cérébrales, les anticorps classiques restent souvent bloqués au moment du passage de la barrière hémato-encéphalique, empêchant leur action dans les différentes zones du cerveau. Les nanocorps, grâce à leur petite taille, parviennent à franchir cette barrière et à cibler le récepteur cérébral. Ils peuvent ainsi être injectés par voie périphérique pour atteindre ensuite le cerveau, sans provoquer d’effets secondaires majeurs. Testés sur des modèles précliniques, les résultats sont prometteurs, avec une amélioration des fonctions cognitives chez les deux espèces animales testées. Des essais cliniques doivent désormais être menés pour confirmer ces données. 

Découverts fortuitement il y a plus de 30 ans, les nanocorps pourraient permettre d’envisager de nouvelles solutions thérapeutiques lorsque les anticorps classiques montrent leurs limites. Ils devraient certainement trouver d’autres applications dans les années à venir. 

 

Sources

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