La malnutrition, avec ses multiples facettes, touche toutes les régions du monde et impacte profondément la santé mondiale. La commission Eat de la revue The Lancet a récemment publié une version actualisée d’un régime alimentaire pour la santé planétaire, avec l’objectif de nourrir 10 milliards d’individus à l’horizon 2050, tout en limitant les impacts sur la planète et la santé.
Une alimentation saine pour l’homme… et pour la planète ?
Si l’alimentation est désormais bien reconnue comme un pilier de la santé, elle est également susceptible d’impacter l’environnement et la société. Comment définir un régime alimentaire capable de concilier tous les enjeux de l’alimentation mondiale ? C’est à cette tâche que s’attellent la centaine d’experts de la commission Eat de The Lancet. Après un premier rapport en 2019, elle vient de publier une nouvelle version du régime alimentaire pour la santé planétaire.
On retrouve dans ce régime plusieurs orientations définies dès 2019, en particulier :
- La réduction de la consommation de viandes – en priorité la viande rouge -, de sucres ajoutés, de graisses saturées et de sel ;
- L’augmentation de la consommation de céréales complètes, de fruits et légumes frais et d’oléagineux.
Ces recommandations coïncident avec les recommandations nutritionnelles formulées par les scientifiques, et notamment reprises dans le Programme National Nutrition Santé. D’après les estimations, ce régime pourrait permettre d’éviter jusqu’à 15 millions de décès par an liés au développement de maladies chroniques, comme le diabète de type 2, l’obésité ou les maladies cardiovasculaires. Mais ces recommandations sont-elles compatibles avec les politiques agricoles, les exigences de l’industrie agroalimentaire, les enjeux sociétaux et les conséquences du dérèglement climatique ?
Une transition vers une agriculture plus végétale
Réduire la part d’aliments d’origine animale et augmenter la part d’aliments d’origine végétale imposent nécessairement une restructuration du monde agricole à l’échelle mondiale. Justifié pour des raisons de santé, ce rééquilibrage est également favorable à l’environnement. En effet, l’agriculture représente 14 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dont 60 % sont directement produites par l’élevage.
Néanmoins, la transition vers une agriculture plus végétale nécessite une profonde mutation du monde agricole, de l’industrie agroalimentaire et des habitudes de vie. Sans compter que cette transition doit tenir compte des particularités géographiques de chaque territoire. L’enjeu reste encore aujourd’hui de pouvoir nourrir l’ensemble de la population mondiale. En effet, environ 3,7 milliards de personnes (environ la moitié de la population mondiale actuelle) n’ont pas accès à une alimentation saine, à un environnement propre ou à un revenu décent. Pourtant, d’après les experts, la production alimentaire mondiale est suffisante pour nourrir l’ensemble de la population.
Il est donc primordial d’accompagner la transition agricole mondiale, en déclinant des lignes directrices pour chaque zone géographique en fonction de ses besoins et spécificités. Ainsi, certaines régions souffrent de famine – en raison par exemple de conflits ou de sécheresse -, tandis que d’autres régions présentent une surproduction agricole et un gaspillage alimentaire. En France en 2023, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produits, parmi lesquels 3,8 millions de tonnes étaient encore comestibles.
Se nourrir sainement, un défi sociétal à l’échelle mondiale
La composante sociétale du régime alimentaire pour la santé planétaire est également un enjeu important. En France, le revenu des agriculteurs est très variable, mais une proportion importante d’agriculteurs peine à gagner un salaire minimal. À l’échelle mondiale, des millions d’enfants travaillent encore aujourd’hui dans l’agriculture au lieu d’aller à l’école, et 32 % des travailleurs du secteur alimentaire perçoivent moins que le salaire vital.
Parallèlement, dans les pays occidentaux, où l’accès à une alimentation saine est facilité, les mauvaises habitudes alimentaires se sont progressivement installées. En France, le régime alimentaire des adultes est composé à 31 % d’aliments ultratransformés, désormais clairement reconnus comme des facteurs de risque majeurs de développer certaines maladies chroniques. L’éducation à une alimentation saine est donc primordiale au-delà de l’accès aux aliments.
Le régime alimentaire pour la santé planétaire implique des enjeux nutritionnels, sanitaires, environnementaux et sociétaux. Un défi à relever pour les années à venir et qui implique nécessairement des actions nationales et internationales coordonnées.
Sources
- Organisation Mondiale de la Santé. Alimentation saine. 23 octobre 2018. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/healthy-diet
- CONGRÈS AIEA-UNICEF-OMS. Aperçu des possibilités d’atténuer le double fardeau de la malnutrition. Consulté le 28 octobre 2025. https://www.iaea.org/sites/default/files/20/01/cn-268-key-opportunities_fr.pdf
- INRAE. Manger sain et durable, les fondamentaux. 5 janvier 2023. https://www.inrae.fr/dossiers/alimentation-saine-durable/manger-sain-durable-fondamentaux