Reprogrammer les cellules cancéreuses pour mieux contrôler les tumeurs

Les cellules cancéreuses sont des cellules anormales qui acquièrent des caractéristiques spécifiques à l’origine du développement de la tumeur. Une meilleure compréhension des mécanismes à l’origine de cette transformation peut-elle permettre d’inverser le processus et de reprogrammer une cellule cancéreuse en cellule normale ? Un nouvel espoir dans la lutte contre les cancers. 

 

Contrôler la différenciation cellulaire pour développer une thérapie cellulaire

Les progrès de la biologie moléculaire et cellulaire des dernières années ont ouvert la voie aux thérapies cellulaires. Des thérapies qui suscitent de nombreux espoirs dans la lutte contre les maladies chroniques – en particulier les maladies rares et les cancers -. Après des découvertes majeures sur les cellules souches pluripotentes, les chercheurs s’intéressent de près à la possibilité de reprogrammer des cellules adultes matures en cellules plus immatures. 

Des chercheurs français ont ainsi montré que la reprogrammation d’une cellule adulte (avec des fonctionnalités spécifiques) en cellule pluripotente (capable de se multiplier et de se spécialiser) impliquait les mêmes mécanismes biologiques que la transformation d’une cellule saine en cellule cancéreuse. Ils ont identifié des facteurs cellulaires ayant un rôle clé, soit dans la reprogrammation en cellules pluripotentes, soit dans la transformation en cellules tumorales. La compréhension de ces mécanismes cellulaires est essentielle pour garantir l’efficacité et la sécurité des thérapies cellulaires basées sur la reprogrammation, par exemple en médecine régénérative. 

 

Reprogrammer des cellules tumorales en cellules normales

La reprogrammation des cellules adultes en cellules pluripotentes est une approche très intéressante pour la médecine régénérative, avec l’idée de pallier aux défaillances d’organes et de tissus, en reprogrammant les cellules déficientes. Mais la reprogrammation pourrait également avoir un bel avenir dans la lutte contre le cancer. Récemment, des chercheurs coréens ont développé une nouvelle technologie pour reprogrammer des cellules cancéreuses en cellules normales. Ils ont identifié une molécule clé, qui agit à un stade critique où la cellule se transforme de manière irréversible en cellule tumorale. 

Pour parvenir à une telle découverte, les chercheurs ont utilisé la puissance de l’IA (Intelligence Artificielle) pour identifier précisément les gènes impliqués dans les différentes étapes de la différenciation cellulaire. Ils ont réussi à reprogrammer des cellules tumorales issues de lignées cellulaires de tumeurs du côlon en cellules saines, en inactivant trois gènes régulateurs. Chez la souris, cette thérapie a entraîné une réduction du volume tumoral. La reprogrammation des cellules cancéreuses n’a pas permis de supprimer la tumeur, mais de réduire sa taille et son agressivité. Si de tels résultats se révèlent transposables chez l’homme, la reprogrammation pourrait permettre un meilleur contrôle de la tumeur, une meilleure réponse aux traitements anticancéreux et ainsi un meilleur pronostic pour le patient.  

 

L’essor de la thérapie cellulaire dans l’arsenal contre les cancers

Parvenir à inverser le processus de développement tumoral n’est pas la seule approche de reprogrammation cellulaire utilisée en oncologie. Des thérapies cellulaires utilisent déjà la reprogrammation pour cibler les cellules tumorales. C’est le cas notamment des immunothérapies basées sur les cellules CAR-T (Chimeric Antigen Receptor T cells). Des cellules immunitaires (lymphocytes T) d’un donneur sain ou d’un patient sont reprogrammées génétiquement pour reconnaître et détruire spécifiquement les cellules tumorales du patient. 

Le point critique des différentes techniques de reprogrammation est le risque d’induire un processus tumoral en agissant sur les voies de différenciation cellulaire. Chercheurs et médecins poursuivent leurs travaux pour maîtriser ce risque et ainsi permettre un essor de ces thérapies. Parallèlement, d’autres thérapies cellulaires se révèlent également très prometteuses, comme les tumor-infiltrating lymphocytes (TILs) ou les “chevaux de Troie thérapeutiques”

Les prochaines années devraient être marquées par un essor des biothérapies anticancéreuses, grâce à une compréhension croissante des voies de différenciation cellulaire, et en s’appuyant sur l’essor des nouvelles technologies, dont l’IA. 

 

Sources

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