Mieux diagnostiquer la récidive du cancer grâce à la biopsie liquide

Au fil des années, les progrès diagnostiques et thérapeutiques ont considérablement amélioré la survie et la qualité de vie des patients atteints de cancer. Néanmoins, les cancers restent des maladies chroniques, associées à un risque plus ou moins important de récidive, des mois ou des années après le début de la maladie. La détection précoce de la rechute du cancer est déterminante pour le pronostic des patients. 

 

Après la rémission, un risque possible de récidive

La récidive ou rechute d’un cancer se définit par la réapparition de cellules cancéreuses au même endroit que la tumeur initiale, autour de cette zone, ou à un autre endroit de l’organisme. Selon les cas, elle peut survenir très rapidement après la fin des traitements anticancéreux (récidive précoce) ou des années après la rémission (récidive tardive). 

Le risque de récidive dépend de la nature et de la localisation du cancer. Dans le cancer du sein, jusqu’à 30 % des cas pourraient récidiver plus ou moins rapidement, avec de fortes disparités selon les tumeurs. Le risque de récidive est maximal pour les tumeurs triple négatif, pouvant atteindre 50 %. Dans le cancer du poumon, première cause de mortalité par cancer en France, le diagnostic souvent tardif de la tumeur initiale tend à augmenter le risque de récidive, évalué entre 30 et 50 % pour les cancers du poumon non à petites cellules et à 70 % pour les tumeurs à petites cellules. 

Le risque de récidive est pris en compte dès le protocole de soins initial. Les thérapies anticancéreuses sont choisies à la fois pour détruire la tumeur initiale et réduire le plus possible le risque de récidive. Parallèlement, un suivi spécifique est mis en place pour rechercher d’éventuels signes de récidive après le cancer. 

 

Prédire le risque de récidive pour adapter le traitement et le suivi

La détection des récidives repose actuellement sur le suivi biologique (dosage des marqueurs tumoraux), clinique (perception de symptômes par le patient) et radiologique (réalisation d’examens d’imagerie : radiographie, échographie, scanner, IRM, …) instauré à la fin des traitements anticancéreux. La principale limite de ce suivi est la détection souvent tardive de la rechute du cancer, à un stade déjà avancé de la maladie. Pour mieux prendre en charge les récidives de cancer, il faut pouvoir agir à deux niveaux : mieux prédire le risque de récidive et mieux diagnostiquer la rechute. 

Les chercheurs et les médecins tentent de mieux définir le risque de rechute pour chaque patient. L’ensemble des caractéristiques de sa tumeur, son profil, sa réponse aux traitements anticancéreux sont pris en compte pour évaluer le risque de récidive et mettre en place si besoin un traitement préventif. Le suivi peut également être adapté en fonction du risque de récidive. Dans le cancer du sein, des chercheurs de l’AP-HP ont ainsi intégré une solution d’Intelligence Artificielle (IA) pour mieux prédire les rechutes des patientes. 

 

La biopsie liquide, tracer la tumeur à partir d’une simple prise de sang

Une autre approche prometteuse, la biopsie liquide, consiste à rechercher dans le sang des patients des traces d’ADN tumoral circulant. En détectant cet ADN à partir d’une simple prise de sang, il serait possible d’évaluer le risque individuel de récidive du patient, et ce bien avant que des lésions visibles à l’imagerie ou des symptômes évocateurs n’apparaissent. 

Plusieurs essais sont en cours dans le monde sur la biopsie liquide pour diagnostiquer la récidive de différents cancers. Lors du congrès de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO), qui s’est tenu à Chicago en juin 2025, des résultats prometteurs ont été présentés par plusieurs équipes. Une équipe de l’Institut Gustave Roussy travaille sur la biopsie liquide pour diagnostiquer la récidive de quatre cancers (poumon, côlon, pancréas, sarcomes) dans le cadre de l’essai clinique UMBRELLA. Lorsque de l’ADN tumoral est détecté, le risque de rechute est maximal, tandis que son absence est associée à un faible risque de récidive. 

Une autre application de la biopsie liquide a été présentée par des chercheurs de l’Institut Curie, cette fois pour les patientes atteintes d’un cancer du sein. L’essai SERENA-6 vise à évaluer le bénéfice clinique d’une nouvelle hormonothérapie, le camizestrant, grâce au suivi de l’ADN tumoral circulant dans le sang. 

La biopsie liquide offre la possibilité d’une prédiction précise et individuelle du risque de récidive d’un cancer. Elle pourrait permettre de mieux définir les stratégies de suivi et de traitement des patients pour optimiser leur pronostic à long terme et donc améliorer leur survie et leur qualité de vie. 

 

Sources

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