Le premier vaccin contre la rage a été élaboré par Louis Pasteur… sur des chiens ! L’utilisation d’espèces animales pour tester des futurs médicaments remonte au XIXème siècle. Au fil des décennies, les essais menés sur les animaux ont semblé être un prérequis nécessaire au développement de toutes les innovations thérapeutiques. Mais depuis quelques années, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander une diminution, voire un arrêt total de l’utilisation des animaux dans l’industrie pharmaceutique.
Une expérimentation animale en baisse partout dans le monde
D’après les chiffres du Ministère de la Recherche, en 2019, plus d’1,8 millions d’animaux ont été utilisés à des fins de recherche médicale : des souris, des rats, des lapins, des chiens, des chats et des poissons. Ce chiffre est en baisse constante depuis le début des années 1990, comme dans le reste du monde. Sur les 30 dernières années, l’expérimentation animale a baissé de 40 % en France.
L’industrie pharmaceutique – mais aussi cosmétique – s’est engagée dans la promotion des 3R, une stratégie élaborée dès 1959 :
- Replacement pour substitution ;
- Reduction pour réduction ;
- Refinement pour amélioration.
L’objectif est de réduire autant que possible le recours aux animaux pour les tests menés en laboratoire. Mais quelles sont les alternatives à l’expérimentation animale envisageables tant sur le plan scientifique que réglementaire ?
Les nouvelles technologies pour remplacer l’expérimentation animale
Les tests menés sur les animaux occupent une place importante dans le long processus qui mène au développement d’un nouveau médicament. Propriétés pharmacologiques, études toxicologiques, effets sur la reproduction, la grossesse et l’allaitement, … les similitudes biologiques et physiologiques entre certaines espèces animales et l’espèce humaine sont exploitées pour réduire le risque de tester des substances potentiellement toxiques sur des volontaires humains.
Pour réduire le recours aux animaux, il faut pouvoir disposer d’alternatives efficaces et sûres. Les essais in vitro ont été les premiers tests élaborés pour limiter le recours à l’expérimentation animale. Et depuis quelques années, de nouvelles alternatives font leur apparition :
- De nouveaux essais in vitro, par exemple avec les cultures cellulaires tridimensionnelles, les organoïdes ou encore les organes sur puce (organ-on-a-chip) ;
- Les simulations d’essais cliniques, les essais dits in silico ;
- La modélisation informatique ;
- Les outils d’intelligence artificielle.
Désormais, en combinant plusieurs de ces approches, il est possible de développer des jumeaux numériques, c’est-à-dire des patients virtuels inclus dans des essais cliniques pour tester de nouvelles substances thérapeutiques. Ces patients virtuels sont créés à partir de l’ensemble des connaissances sur la biologie, la physiopathologie et la pharmacologie de la maladie. L’objectif est de tester plus de substances, plus vite, plus précisément, sans utiliser de tests sur les animaux.
Un changement de paradigme scientifique et réglementaire
Parmi l’ensemble des nouvelles substances biologiques testées pour leurs propriétés pharmacologiques, 90 % sont écartées et ne deviennent jamais des médicaments, même après avoir été testées chez les animaux. Il est capital de disposer d’approches capables de sélectionner ces molécules sans recourir d’emblée à l’expérimentation animale. Les technologies actuelles laissent entrevoir cette possibilité. Faut-il que ces alternatives soient acceptées sur le plan réglementaire.
L’agence américaine du médicament (Food and Drug Administration, FDA) s’est récemment positionnée sur cette question, en annonçant un remplacement progressif des tests sur les animaux par de nouvelles technologies :
- Des études toxicologiques menées sur des modèles informatiques basés sur l’IA ;
- L’utilisation de lignées cellulaires ;
- Le recours aux organoïdes.
À terme, la FDA envisage de simplifier l’évaluation des substances évaluées grâce à ces nouvelles méthodes, en particulier les anticorps monoclonaux et les médicaments innovants. Cette nouvelle approche de développement pharmaceutique offre plusieurs perspectives intéressantes :
- Réduire le nombre d’animaux utilisés pour les tests de médicaments ;
- Accélérer le développement de nouvelles thérapies ;
- Faciliter l’accès de tous à ces nouveaux médicaments grâce à une diminution des coûts.
Le développement de médicaments sans recours à l’expérimentation animale pourrait devenir une réalité dans les années à venir, et peut-être un exemple à suivre pour d’autres domaines, comme les dispositifs médicaux et les cosmétiques.
Sources
- LEEM. Faut-il obligatoirement tester les candidats médicaments sur les animaux ? 11 juin 2021. https://www.leem.org/100-questions/faut-il-obligatoirement-tester-les-candidats-medicaments-sur-les-animaux
- Alcimed. 3 approches majeures à mettre en œuvre en R&D pour mettre fin à l’expérimentation animale dans l’industrie pharmaceutique. 3 avril 2024. https://www.alcimed.com/fr/insights/experimentation-animale/
- GIRCOR. Pourquoi 90% des médicaments testés avec succès sur des animaux et des modèles non-animaux (NAMs) ne sont finalement pas commercialisés ? 6 mai 2024. https://www.gircor.fr/pourquoi-90-des-medicaments-testes-avec-succes-sur-des-animaux-et-des-modeles-non-animaux-nams-ne-sont-finalement-pas-commercialises/