L’incidence globale des cancers augmente dans le monde, toutefois avec de grandes disparités selon les cancers. Parmi ceux qui inquiètent le plus les scientifiques et les médecins, figure le cancer du pancréas. Associé à un mauvais pronostic, le nombre de nouveaux cas de ce cancer augmente fortement depuis quelques années. Il pourrait ainsi devenir le second cancer le plus meurtrier d’ici 2035-2040, après le cancer du poumon.
Un mauvais pronostic malgré les avancées
Le cancer du pancréas reste aujourd’hui associé à un mauvais pronostic. Malgré les progrès diagnostiques et thérapeutiques qui ont permis d’augmenter de +7 points la survie nette standardisée entre les périodes 1990-2015 et 2010-2015, la survie reste faible par rapport à d’autres cancers, estimée à seulement 11 % à 5 ans. En 2021, 12 700 décès liés au cancer du pancréas ont été répertoriés en France.
Ce mauvais pronostic s’explique en partie par un diagnostic tardif du cancer du pancréas. Seulement 10 à 20 % des tumeurs sont diagnostiquées à un stade précoce, où la chirurgie peut encore permettre de retirer la tumeur. Longtemps asymptomatiques, la majorité des patients sont diagnostiqués à un stade évolué. Parallèlement, les innovations thérapeutiques sont encore peu nombreuses dans le cancer du pancréas, par rapport à d’autres cancers. Parmi les dernières avancées, deux semblent prometteuses :
- Les thérapies ciblées ciblant le gène KRAS (plus de 90 % des adénocarcinomes pancréatiques présentent des mutations sur le gène KRAS) ;
- Le développement d’un vaccin à ARNm dont les résultats des essais de phase I semblent encourageants.
Une hausse des cas, à l’image des autres cancers digestifs
D’après l’édition 2024 du Panorama des Cancers publié par l’Institut National du Cancer, 15 991 nouveaux cas de cancer du pancréas ont été recensés en 2023, avec un âge médian au diagnostic de 71 ans chez les hommes et de 74 ans chez les femmes. Sur les 30 dernières années, l’incidence a augmenté de 4 % par an en moyenne en France. En 1990, seulement 3 700 cas avaient été répertoriés. Cette hausse se retrouve dans la quasi-totalité des pays européens, à de rares exceptions près, comme le Danemark.
La hausse la plus marquée s’observe chez les adultes de moins de 50 ans, et notamment chez les femmes. Une tendance qui concerne la plupart des autres cancers digestifs. Entre 1990 et 2023, l’incidence de six cancers digestifs chez les moins de 50 ans est passée de 10 cas pour 100 000 habitants à 14 cas pour 100 000 habitants :
- Le cancer de l’oesophage ;
- Le cancer de l’estomac ;
- Le cancer de l’intestin grêle ;
- Le cancer colorectal ;
- Le cancer de l’anus.
Comment expliquer cette forte hausse des cancers digestifs chez les moins de 50 ans ?
À la recherche de nouveaux facteurs de risque environnementaux…
Le principal facteur de risque connu du cancer du pancréas est le tabagisme. Le surpoids et l’obésité, des prédispositions génétiques et une série d’autres facteurs (vieillissement, consommation d’alcool, sédentarité, alimentation ultra-transformée, …) contribuent aussi au risque de ce cancer. Le diabète de type 2, qui connaît lui aussi une véritable flambée des cas, est également en cause. Des liens étroits sont décrits entre le cancer du pancréas et cette maladie métabolique. Les patients vivant avec un diabète de type 2 depuis plus de 10 ans ont un risque multiplié par deux de développer un cancer pancréatique. Un diabète – diagnostiqué ou non – est retrouvé chez près d’un patient sur trois atteint d’un cancer du pancréas. De récentes recherches suggèrent que des changements épigénétiques provoqués par le diabète seraient – au moins en partie – à l’origine d’un cercle vicieux liant le diabète, le cancer du pancréas et le pancréas exocrine. Le dépistage et la prise en charge du diabète représentent des actions efficaces de prévention du cancer du pancréas à tous les âges de la vie.
Mais ces facteurs de risque ne suffisent pas à eux seuls à expliquer la hausse importante des cas, notamment chez les moins de 50 ans. Les regards se tournent vers d’autres facteurs de risque, jusque-là peu explorés, comme l’exposition à la pollution et en particulier aux produits phytosanitaires. Récemment l’étude PESTIPAC® s’est justement intéressée au risque d’un adénome pancréatique lié à l’exposition à long terme à différents pesticides. Les données collectées dans l’étude révèlent une association entre la concentration de pesticides organochlorés (des polluants persistants dans l’environnement) dans la graisse abdominale et le risque de cancer du pancréas.
Des études plus poussées et à plus grande échelle sont nécessaires pour mieux comprendre le rôle de ces facteurs environnementaux dans l’épidémiologie du cancer pancréatique. Ces études sont déterminantes pour adapter la prévention et le dépistage de ce cancer, notamment chez les plus jeunes. Parallèlement, le développement de tests de détection précoce du cancer du pancréas et de nouvelles options thérapeutiques est essentiel pour améliorer la survie des patients.
Sources
- Univadis. En pratique – Cancer du pancréas « Une augmentation inquiétante du nombre de cas en France ». 31 mars 2025. https://www.univadis.fr/viewarticle/pratique-cancer-du-pancr%25C3%25A9-augmentation-inqui%25C3%25A9tante-2025a1000781
- INSERM. Salle de Presse. Diabète : découverte de nouveaux liens entre le diabète de type 2 et le cancer du pancréas. 21 octobre 2024. https://presse.inserm.fr/diabete-decouverte-de-nouveaux-liens-entre-le-diabete-de-type-2-et-le-cancer-du-pancreas/69291/
- Centre de lutte contre le cancer Léon Bérard. Cancer du pancréas. 18 février 2025. https://www.cancer-environnement.fr/fiches/cancers/cancer-du-pancreas/