Vers un dépistage organisé du cancer du poumon en France 

En France, trois cancers font actuellement l’objet d’une stratégie nationale de dépistage : le cancer du sein, le cancer du col de l’utérus et le cancer colorectal. Il pourrait bientôt être rejoint par un quatrième cancer, le cancer du poumon, première cause de décès par cancer en France avec 30 400 décès recensés en 2021. Fin janvier 2025, l’Institut National du Cancer (INCa) a annoncé le projet lauréat du programme pilote, le projet IMPULSION, qui permettra de préfigurer le programme national de dépistage. 

 

Cancer du poumon, cancer le plus meurtrier en France

D’après l’édition 2024 du panorama des cancers, le cancer du poumon est le second cancer le plus fréquent chez les hommes et le troisième chez les femmes, avec un total de 52 777 nouveaux cas recensés en 2023. Les hommes sont les plus touchés, même si l’écart entre les hommes et les femmes tend à se réduire d’année en année, en lien avec l’évolution des modes de vie. Le principal facteur de risque du cancer bronchopulmonaire est le tabagisme, qu’il soit actif ou passif. Le tabac serait responsable de 9 cancers du poumon sur 10 chez les hommes et de 7 cancers sur 10 chez les femmes. S’y ajoutent d’autres facteurs de risque : des expositions professionnelles, la pollution environnementale et les antécédents personnels et familiaux. Ne pas fumer – ou arrêter de fumer ou encore ne pas être exposé à la fumée des autres selon les cas – constitue le premier geste de prévention du cancer du poumon. 

Par ailleurs, le cancer du poumon reste associé à un taux de survie plus faible que d’autres cancers, avec un taux de survie nette standardisée à 5 ans de seulement 20 %. Le diagnostic précoce est capital pour améliorer le pronostic du patient, mais il reste difficile en raison de signes cliniques peu évocateurs. Ainsi, un grand nombre de cancers du poumon sont diagnostiqués à un stade avancé. Un dépistage organisé du cancer du poumon pourrait-il permettre d’inverser cette tendance ?

 

Lancement d’un programme pilote pour préfigurer le dépistage organisé

En 2016, la Haute Autorité de Santé (HAS) s’était penchée sur la pertinence d’organiser un dépistage national ciblé du cancer du poumon. La HAS avait alors considéré que les conditions de qualité, d’efficacité et de sécurité pour la mise en œuvre d’un tel dépistage n’étaient pas réunies, sur la base des données scientifiques disponibles. 

Plus récemment, en 2022, la HAS a actualisé sa position et a décidé de recommander l’engagement d’un programme pilote, préalable indispensable à la généralisation d’un dépistage organisé à l’échelle nationale. L’analyse des données scientifiques et cliniques disponibles révèle que le dépistage du cancer bronchopulmonaire par tomodensitométrie à faible dose chez les personnes ayant un risque augmenté de cancer du poumon pourrait réduire la mortalité spécifique de ce cancer. La diminution de la mortalité pourrait être de l’ordre de 5 vies sauvées pour 1 000 personnes dépistées, en fonction des modalités du dépistage. 

Depuis cette recommandation, les autorités de santé publique ont travaillé sur les modalités du dépistage organisé pour le lancement de l’étude pilote. Le programme pilote de dépistage des cancers du poumon, le projet IMPULSION, va se dérouler sur l’année 2025 et est coordonné par l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) et les Hospices Civils de Lyon (HCL). Il s’adresse aux patients fumeurs (avec une consommation tabagique cumulée d’au moins 20 paquets-années) et ex-fumeurs (depuis moins de 15 ans), âgés de 50 à 74 ans. Il repose sur un scanner thoracique à faible dose, combiné systématiquement avec une proposition de sevrage tabagique : consultations spécialisées, programmes d’aide à l’arrêt du tabac, substituts nicotiniques. 

 

Une action majeure de lutte contre le cancer bronchopulmonaire

Avec un budget prévisionnel de 6 millions d’€, le programme pilote devra inclure 20 000 participants, qui devront réaliser deux scanners à un an d’intervalle, puis un scanner tous les deux ans, pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie. Les données collectées dans le cadre de ce programme de recherche permettront de définir les modalités du dépistage organisé du cancer du poumon. À terme, un tel dépistage pourrait réduire d’environ 20 à 25 % la mortalité liée au cancer bronchopulmonaire. 

Cette démarche française s’inscrit dans le cadre du programme européen Solace lancé en avril 2023 pour faciliter le développement de programmes de dépistage du cancer du poumon. Cette initiative n’est pas isolée puisque plusieurs pays à travers le monde sont en cours de déploiement d’un programme national de dépistage organisé du cancer du poumon, notamment l’Australie, la Chine, la Croatie, la Tchéquie, la Pologne ou le Royaume-Uni. Avec les actions de prévention et de lutte contre le tabac, ces programmes ont vocation à réduire l’impact du cancer du poumon sur la santé publique. 

 

Sources 

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