Quand l’Inde – pharmacie du monde – scrute le marché français…

génériqueurs indiens

Pendant plusieurs mois cette année, la vente de Biogaran – leader français des génériques – par le groupe Servier a fait plusieurs fois la une de l’actualité. La crainte affichée était celle d’une délocalisation de la production hors de France. Parmi les candidats potentiels, figuraient notamment deux génériqueurs indiens. Des sociétés indiennes qui cherchent à conquérir la France.


L’Inde, pharmacie du monde

À l’heure où la multiplication des pénuries de médicaments interroge sur la souveraineté de la France en matière de fabrication et d’approvisionnement en médicaments, plusieurs grands génériqueurs indiens s’intéressent de près au marché français. Or l’Inde est désormais le 3ème producteur mondial de médicaments en termes de volume (le 14ème en valeur). Le pays s’appuie pour cela sur un réseau de 3 000 sociétés pharmaceutiques et d’environ 10 500 unités de production. À titre de comparaison, la France dénombre actuellement un peu moins de 500 établissements pharmaceutiques.

Derrière la Chine, l’Inde est désormais un acteur clé sur le secteur des API, les ingrédients pharmaceutiques actifs. Mais le pays se positionne aussi en bonne place sur les autres secteurs de la production pharmaceutique. Elle est même régulièrement appelée la pharmacie du monde. L’Inde produit actuellement plus de 80 % des médicaments antirétroviraux utilisés dans le monde pour la prise en charge des patients infectés par le VIH. Les sociétés indiennes sont également très actives dans le secteur des médicaments génériques. Un laboratoire du nord de l’Inde produit par exemple 300 génériques différents, avec une production destinée à hauteur de 70 % à l’exportation.


Des normes de qualité pour sécuriser l’entrée des médicaments sur le marché européen

L’exportation des médicaments produits en Inde ou dans d’autres pays n’est possible que si les pays ciblés accordent des autorisations aux médicaments produits. Sur les 10 500 unités de production recensées en Inde, toutes ne peuvent pas exporter sur le marché européen ou américain. Parmi elles, seulement :


Pour mieux s’adapter aux contraintes de qualité des pays occidentaux, les sociétés indiennes diversifient les sites de production, certains orientés vers le marché intérieur, d’autres orientés vers des pays moins exigeants en matière de qualité et enfin les derniers capables de fabriquer des médicaments exportés en France, en Europe ou aux USA. Pour autant, les autorités de santé publique européennes restent très vigilantes, comme le montre le retrait en juillet 2024 de l’AMM de 6 spécialités génériques commercialisées en France, des génériques – généralement produits à l’étranger – pour lesquels les études de bioéquivalence par rapport au princeps ne respectaient pas les exigences européennes. Dans le même temps, 41 autres spécialités restent pointées du doigt et risquent une suspension de l’AMM dans les 24 mois si des études de bioéquivalence conformes ne sont pas fournies.


La croissance des génériqueurs indiens, un obstacle pour la souveraineté sanitaire ?

Pour l’instant, le marché français ne représente que 2.6 % des exportations indiennes de médicaments et de vaccins, mais ce marché est en progression constante, et les sociétés indiennes souhaitent poursuivre cette dynamique, voire l’amplifier dans les prochaines années. Pour la France, quelles sont les conséquences de cette volonté politique et économique de l’Inde à conquérir le marché français ?

Le prix des génériques produits en Inde par rapport aux génériques produits en Europe ou en France est plus faible. Un atout pour l’Inde au moment où la France, toujours dans l’attente d’un budget 2025 pour la Sécurité Sociale, cherche à réduire ses dépenses liées aux médicaments. Les médicaments innovants, les biothérapies, les nouveaux vaccins ou encore les thérapies cellulaires et géniques sont des thérapeutiques coûteuses qui pèsent dans l’équilibre financier des systèmes de santé. Faire des économies sur les médicaments génériques pourrait sembler une option intéressante, à condition que la qualité reste au rendez-vous.

Néanmoins, cet avantage économique des médicaments génériques indiens est à contrebalancer par au moins deux facteurs :

  • L’augmentation des parts de marché des sociétés indiennes nuit à la croissance et à la pérennité des sociétés pharmaceutiques françaises ;
  • La dépendance de la France pour des dizaines voire des centaines de médicaments génériques impacte sa souveraineté en matière de santé et limite ses marges de manœuvre en termes de gestion des pénuries et des tensions d’approvisionnement.


La conquête du marché français par le leader pharmaceutique indien remet au centre du débat la question – économique, sanitaire et politique – de l’importance de la souveraineté sanitaire française et européenne, pour garantir l’accès des patients à des médicaments de qualité.


Sources

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