Face aux polluants éternels, comment aider l’organisme à se dépolluer ?

D’après les données de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 24 % de l’ensemble des décès survenus dans le monde pourraient être liés à l’environnement. Et la plupart des pathologies chroniques sont négativement impactées par la pollution. Combien de polluants circulent dans l’organisme humain ? Que deviennent-ils dans l’organisme ? Des questions clés que se posent les scientifiques et les médecins pour répondre aux enjeux majeurs de la santé environnementale. 

Combien de polluants chimiques dans l’organisme ?

Cadmium dans l’alimentation, particules fines dans l’atmosphère, PFAS (per- and polyfluoroalkyl substances) dans l’eau du robinet, bisphénols dans les cosmétiques, … l’actualité est sans cesse marquée par l’exposition des Français aux polluants chimiques présents dans l’environnement. Combien de polluants circulent dans l’organisme ? Difficile à ce stade de répondre à cette question pour les scientifiques, en raison du grand nombre de molécules utilisées dans diverses applications et des multiples voies d’exposition (inhalation, ingestion, contact cutané, …). 

Pour le savoir précisément, des chercheurs ont constitué récemment un réseau international de laboratoires spécialisés dans la détection de substances chimiques, dont la création a été annoncée dans une contribution à la revue internationale Nature Medicine. Au total, 20 laboratoires de recherche européens ont décidé de travailler conjointement sur ce sujet, dont France Exposome, basé à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (IRSET) de Rennes. Leur objectif : cartographier l’ensemble des contaminants chimiques présents dans l’organisme humain. 

Au moins plusieurs centaines de polluants présents dès l’enfance

Les chercheurs européens devront notamment surmonter différentes difficultés technologiques pour mettre en évidence et caractériser l’ensemble des polluants chimiques de l’organisme. Les premiers résultats de leurs travaux, incluant des analyses menées sur un échantillon représentatif de la population de 800 personnes, a permis d’identifier plus de 250 composés chimiques appartenant à des catégories différentes de polluants. Des variations de concentrations ont été décelées en fonction du genre et de l’âge des personnes : 

  • Une présence plus forte de métaux lourds chez les hommes ;
  • Des composés issus des cosmétiques en quantité plus importante chez les femmes ;
  • Des plastifiants plus nombreux chez les enfants. 

Cette base de connaissances sera déterminante pour évaluer ensuite l’impact des polluants sur la santé, à la fois l’effet de chaque polluant pris en compte individuellement et l’effet du cocktail de polluants auquel l’organisme est exposé. Se pose aussi la question de la capacité de l’organisme à se dépolluer, en éliminant les polluants. 

Dépolluer l’organisme en favorisant l’élimination des polluants

Une fois dans l’organisme, certains polluants sont stockés dans l’organisme, en particulier dans le tissu adipeux. Ainsi, le tissu adipeux représente un véritable réservoir de perturbateurs endocriniens, qui peuvent exercer leurs effets néfastes sur la santé sur de longues périodes. L’exposition à des perturbateurs endocriniens durant l’enfance peut ainsi conduire au relargage de ces polluants dans le lait maternel bien des années plus tard. 

Les polluants éternels, comme les PFAS, peuvent se retrouver dans le sang sur de très longues périodes, l’organisme humain n’étant pas capable de les métaboliser. Comment aider l’organisme à se débarrasser de ces polluants ? Récemment, des chercheurs danois ont publié une étude sur ce sujet dans la revue scientifique Environment International. En administrant sur une période de 3 mois un médicament – la cholestyramine -, les chercheurs ont pu réduire de 60 % la concentration sanguine en PFAS chez une vingtaine de personnes. La cholestyramine agit en inhibant le cycle entérohépatique des acides biliaires pour augmenter leur élimination fécale et ainsi réduire le taux de cholestérol sanguin. Parallèlement, des chercheurs australiens ont publié en 2022 dans la revue scientifique JAMA Network Open, l’intérêt de dons de plasma répétés pour réduire de 30 % en un an la concentration sanguine de PFAS chez des pompiers particulièrement exposés à ce type de polluants. 

Agir à la source pour réduire l’exposition aux polluants chimiques reste la priorité, mais développer des solutions pour dépolluer l’organisme des personnes déjà exposées constitue un enjeu majeur de santé publique pour réduire le fardeau lié à la pollution chimique. 

Sources

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