À l’exclusion des cancers pédiatriques, les cancers sont généralement considérés comme des pathologies du sujet âgé. Ainsi, 47 % et 42 % des cancers surviendraient respectivement chez des hommes et des femmes de plus de 70 ans. Alors que le nombre de cancers augmente depuis plusieurs décennies, la hausse serait plus marquée chez les sujets jeunes, avant l’âge de 50 ans. Cette épidémie silencieuse représente un enjeu majeur de santé publique.
Des cancers en hausse chez les adultes jeunes
Si les cancers restent plus fréquents chez les sujets âgés, la hausse des cas semble de plus en plus forte chez les sujets plus jeunes, avant 50 ans, voire même avant 40 ans. Pour décrypter cette tendance, une étude française a pour la première fois évalué l’incidence des cancers chez les adolescents et les jeunes adultes, entre 15 et 39 ans, sur une période de 20 ans (2000 à 2020) dans 19 départements français. Cette étude, financée par la Ligue contre le Cancer, a été menée par Santé publique France, l’Institut National du Cancer (INCa), le réseau des registres des cancers FRANCIM et les Hospices Civils de Lyon (HCL).
Les résultats de cette étude révèlent une hausse de six cancers chez les jeunes :
- Les glioblastomes (+6,11% par an en moyenne) ;
- Les cancers du rein (+4,51% par an en moyenne) ;
- Les liposarcomes (+3,68% par an en moyenne) ;
- Les lymphomes de Hodgkin (+1,86% par an en moyenne) ;
- Les cancers du sein (+1,6% par an en moyenne) ;
- Les carcinomes colorectaux (+1,43% par an en moyenne).
Près de 55 000 adolescents et jeunes adultes ont reçu un diagnostic de cancer au cours des deux décennies considérées, dont 40 % d’hommes et 60 % de femmes. Ces données ne relèvent pas d’une particularité française. D’après des données publiées dans le British Medical Journal, les cancers chez les moins de 50 ans ont bondi dans le monde de 79,1% entre 1990 et 2019, pour atteindre 3,26 millions de cas en 2019. D’ici 2030, l’incidence pourrait encore augmenter de 31%.
Les cancers d’apparition précoce, de nouveaux défis !
L’évolution de l’incidence des cancers chez les sujets jeunes impose de nouveaux défis à la fois aux scientifiques, aux équipes médicales et aux autorités de santé publique :
- Adapter les messages de prévention, en tenant compte d’éventuels facteurs de risque spécifiques chez les jeunes et des stratégies de communication les plus efficaces pour ce public ;
- Revoir les stratégies de dépistage organisé ;
- Développer des stratégies thérapeutiques adaptées aux caractéristiques particulières des tumeurs chez les sujets jeunes ;
- Prendre en compte l’âge en termes d’impact sur la morbi-mortalité, la vie sociale, professionnelle et familiale. Avoir un cancer à 40 ans ou à 70 ans ne représente pas le même impact, ni pour le patient, ni pour son entourage, ni pour le système de santé.
Des programmes de recherche spécifiques sont développés pour répondre à ces défis et à l’enjeu majeur de santé publique que représentent les cancers précoces. À l’Institut Gustave Roussy, ces programmes sont regroupés sous l’initiative Un cancer à 30 ans – POWER for YA (Precision Oncology for the Wellness, trEatment, and Research for Young Adults).
Une bactérie impliquée dans la hausse des cancers colorectaux précoces ?
Les cancers digestifs sont particulièrement scrutés par les scientifiques, qui cherchent entre autres à déterminer les facteurs de risque spécifiques chez les sujets de 20 à 49 ans. C’est l’objet du projet YODA mené en France. Alors que les facteurs de risque des cancers gastro-intestinaux chez les sujets âgés sont relativement bien connus – l’obésité, la sédentarité, l’alimentation et les addictions – il semble que les cancers d’apparition précoce soient liés à l’influence d’autres facteurs environnementaux qui restent à découvrir.
Dans le cas du cancer colorectal, si 9 personnes sur 10 atteintes ont plus de 50 ans, les scientifiques alertent sur la hausse inquiétante des cas chez les sujets jeunes. D’ici 2030, ce cancer pourrait devenir la première cause de décès par cancer chez les jeunes adultes. Récemment, des chercheurs ont fait une découverte sur un facteur environnemental possiblement lié à la hausse des cancers colorectaux chez les sujets jeunes. Ils pointent du doigt une toxine bactérienne, la colibactine, produite par certaines souches de la bactérie Escherichia coli (bactérie naturellement présente dans le microbiote intestinal). Dans des travaux publiés dans la revue scientifique Nature, les chercheurs suggèrent que la colibactine pourrait induire des mutations génétiques directement associées au développement d’une tumeur colorectale. Des mutations retrouvées 3,3 fois plus souvent chez les sujets jeunes que chez les sujets âgés. La présence de cette toxine dans l’intestin dès l’enfance pourrait contribuer au développement d’un cancer colorectal avant 50 ans, sans signes précurseurs visibles.
La mise en évidence de facteurs environnementaux spécifiques des cancers des sujets jeunes pourrait permettre de développer des stratégies de prévention et/ou de traitement ciblées.
Sources
- Santé Publique France. Incidence des cancers chez les adolescents et jeunes adultes, âgés de 15 à 39 ans et évolutions entre 2000 et 2020 dans les départements de France hexagonale couverts par un registre général. 3 mars 2025. https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2025/incidence-des-cancers-chez-les-adolescents-et-jeunes-adultes-ages-de-15-a-39-ans-et-evolutions-entre-2000-et-2020-dans-les-departements-de-france
- Institut Gustave Roussy. Se préparer à la hausse des cancers des adultes jeunes. 3 février 2025. https://www.gustaveroussy.fr/fr/news-se-preparer-la-hausse-des-cancers-des-adultes-jeunes
- Fréquence médicale. Cancer colorectal : la hausse des cas chez les jeunes enfin expliquée ? 29 avril 2025. https://www.frequencemedicale.com/onco-digestif/patient/296197-Cancer-colorectal-la-hausse-des-cas-chez-les-jeunes-enfin-expliquee