Les xénogreffes, la solution face à la pénurie de greffons ?

Fin 2024, l’Agence américaine du médicament (Food and Drug Administration, FDA) a donné son feu vert aux premiers essais cliniques sur les xénogreffes de reins de porcs génétiquement modifiés, près de 60 ans après les premiers essais de greffes de reins de chimpanzé. Cette décision marque un temps fort dans l’exploration de cette approche pour pallier au manque récurrent de greffons. 

 

Transplantation, une pénurie chronique de greffons

Dans son rapport d’activités 2024, l’Agence de la Biomédecine souligne la reprise de l’activité de greffes en France, après plusieurs années de perturbations liées à la pandémie de Covid-19. Plus de 6 000 greffes ont été effectuées en France en 2024, tous organes confondus. Au total, 22 585 patients gravement malades sont inscrits sur la liste nationale d’attente de greffe, dont 8 378 nouveaux inscrits en 2024. 

Les patients doivent souvent attendre plusieurs années avant de recevoir un greffon compatible. Et parfois, ce greffon n’arrive pas à temps. En 2024, 852 patients sont décédés en liste d’attente. Même si ce chiffre est en recul de 9,8 % par rapport à l’année 2023, il traduit un manque de greffons pour couvrir les besoins de tous les patients. Pourtant, le nombre de donneurs augmente d’année en année. 

Cette insuffisance de greffons ne concerne pas uniquement la France, mais l’ensemble des pays dans lesquels l’activité de greffe est importante. Cette situation amène les chercheurs et les médecins à rechercher des alternatives aux greffons humains. La xénogreffe constitue l’une de ces alternatives. 

 

Deux essais cliniques lancés aux USA sur la xénogreffe de rein de porc

Ces derniers mois, la FDA a autorisé deux sociétés pharmaceutiques à entreprendre des essais cliniques sur la xénogreffe de reins de porcs génétiquement modifiés. Aux USA, plus de 100 000 patients sont inscrits sur les listes d’attente de greffe, dont 90 % pour un rein. Deux essais cliniques ont ainsi été lancés par ces entreprises. Ils devraient inclure une douzaine de patients en insuffisance rénale terminale, dialysés depuis au moins 6 mois, et avec une faible probabilité de trouver un donneur compatible. 

La technique de la xénogreffe semble prometteuse, mais nécessite encore plusieurs étapes de développement. Jusqu’à récemment, aucun patient n’avait survécu plus de deux mois à une telle intervention. Une première patiente ayant bénéficié fin 2024 d’une xénogreffe de rein à titre compassionnel a pu conserver le greffon de porc sur une durée inédite de 130 jours (environ 4 mois), avant de développer un rejet aigu de l’organe. Les essais cliniques initiés pourraient permettre de mieux comprendre la réaction du patient à la greffe d’un rein de porc génétiquement modifié, avec l’objectif de contrôler à terme le risque de rejet. Des chercheurs français jouent un rôle clé dans ces essais, puisqu’ils sont chargés d’analyser les biopsies réalisées dans le cadre du suivi des patients. Ces chercheurs ont d’ailleurs décrit pour la première fois le mécanisme de rejet de la xénogreffe dans une étude publiée dans The Lancet en 2023. 

Au-delà de compenser la pénurie de greffons, la xénogreffe utilise les avancées de la thérapie cellulaire et génique pour réduire le risque de rejet. Les greffons sont ainsi issus d’animaux génétiquement modifiés, la modification génétique portant sur les mécanismes de reconnaissance par le système immunitaire. L’objectif est de rendre “invisible” le greffon pour le système immunitaire du receveur. 

 

Les dons croisés, une autre solution pour augmenter les transplantations rénales ?

En France, plus de la moitié des greffes sont des greffes de rein, effectuées à partir de donneurs décédés ou plus fréquemment de donneurs vivants, y compris des proches. Si la xénotransplantation apparaît comme une solution prometteuse pour pallier la pénurie de greffons, d’autres stratégies sont utilisées pour le rein, en particulier les dons croisés.

Le don croisé offre l’opportunité de contourner l’incompatibilité entre un donneur vivant de rein et son proche malade, receveur. Des paires de donneurs/receveurs incompatibles entre eux sont constituées pour être compatibles d’une paire à l’autre. Au cours de l’année 2024, une transplantation rénale simultanée sur trois paires de donneurs/receveurs a été effectuée pour la première fois en France, entre Reims et Bordeaux. Même si cela implique des contraintes logistiques importantes, l’augmentation du nombre de paires réduit le risque d’incompatibilité, renforçant d’autant le nombre de greffes de reins possibles. 

Plusieurs étapes restent à franchir avant d’envisager un recours élargi à la xénogreffe de reins, voire d’autres organes. Parallèlement, l’optimisation des techniques de transplantation et des traitements antirejet reste un enjeu majeur pour soutenir l’activité de greffe et maximiser les chances de transplantation pour chaque malade. 

 

Sources

 

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